Montréal
11:54 29 novembre 2019

Armes d’assaut: le SPVM veut augmenter sa force de frappe

Armes d’assaut: le SPVM veut augmenter sa force de frappe
Photo: iStock

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) veut acquérir des armes d’assaut dont les balles sont plus grosses et plus lourdes pour son Groupe d’intervention tactique. Ce qui relance le débat sur l’armement des policiers.

Dans un appel d’offres publié à la mi-octobre, le corps policier mentionne son intention d’acquérir près d’une cinquantaine de carabines de calibre .300 Blackout.

«Ce calibre est comparable au 5,56 en termes de puissance», poursuit le SPVM. Depuis plusieurs années, les projectiles des armes font 5,56 mm de diamètres, alors que ces nouveaux modèles en feraient 7,62 mm.

Pas pour les patrouilleurs

En tout temps, cet équipement «sera uniquement utilisé par des unités spécialisées lors de situations spécifiques», promet le service de police. Autrement dit, il n’est pas dans les intentions du SPVM de «généraliser l’utilisation de ces armes aux patrouilleurs des postes de quartier».

Depuis quelques années, d’autres corps policiers ont affiché une tendance à équiper leurs patrouilleurs avec des armes d’assaut. En 2018, le SPVM s’est montré ouvert à cette idée. L’administration Plante a toutefois fermé la porte.

Les nouvelles armes devront obligatoirement avoir une fonction «complètement automatique» et «semi-automatique», lit-on dans l’appel d’offres en question. En plus des 49 carabines, le SPVM commandera aussi des chargeurs, des silencieux, des pointeurs de lumières et six carabines de patrouille semi-automatique.

Malgré tout, le SPVM n’est pas le premier corps de police à se munir de pareilles armes. La Sûreté du Québec ainsi que le Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL) avaient acquis ces mêmes calibres, il y a deux ans.

Appelée à réagir, la porte-parole au comité exécutif de la Ville de Montréal, Laurence Houde-Roy, indique que la Ville «s’en tient» à la position du SPVM, et qu’elle n’ajoutera pas de commentaires.

Une désescalade?

La nouvelle, d’abord rapportée par La Presse vendredi, a fait énormément réagir sur les réseaux sociaux.

Pour le conseiller de l’opposition dans Marie-Clarac, Abdelhaq Sari, le plus «choquant» est que le SPVM n’ait jamais consulté les autorités en place avant de prendre la décision.

«À aucun moment, ça n’a été présenté à la Commission sur la sécurité publique», dit celui qui en est aussi le vice-président. L’opposition s’attend à ce que des «procédures claires et écrites» soient mises de l’avant dans les prochaines semaines, afin de s’assurer que ces armes ne soient «jamais partagées ni élargies à d’autres services» que le Groupe d’intervention tactique.

M. Sari estime, à l’instar de plusieurs organismes, que l’option de la «désescalade des armes» dans les interventions policières devrait être privilégiée.

«Équiper des groupes policiers de fusils d’assaut, à mon avis, ça ne s’aligne pas avec cette vision-là du tout. C’est une grosse discordance», martèle le conseiller. Il dit «comprendre» les préoccupations de plusieurs citoyens quant à la «militarisation» du SPVM, surtout devant un «manque d’informations» flagrant du corps policier.

«Il faut travailler à une meilleure perception du travail des policiers et cette situation n’aide pas», tonne-t-il.

Trois experts en armes consultés par La Presse ont estimé que le SPVM cherche à «doter son escouade d’élite d’armes d’un plus gros pouvoir de frappe».