Mercier & Anjou
15:37 17 mars 2020 | mise à jour le: 17 mars 2020 à 15:54

La COVID-19 pourrait brouiller le paysage locatif à Montréal

La COVID-19 pourrait brouiller le paysage locatif à Montréal
Photo: Archives MétroLe prix moyen des loyers a augmenté de 3,6% depuis l’an dernier dans la métropole, totalisant 841$, d’après des données de la SCHL.

En pleine période de renouvellement de bail, alors qu’une crise du logement pointe à l’horizon, l’effet qu’aura le coronavirus sur les locataires inquiète des intervenants du milieu.

Malgré l’état d’urgence sanitaire, les offres de logements à louer continuent de s’ajouter sur Kijiji. Quelques propriétaires contactés affirment recevoir un volume d’appel toujours aussi élevé.

« Il n’y a aucun impact pour moi, je continue mes visites comme à l’habitude. Ce sont nos concitoyens, des gens d’ici qui visitent. Ça n’a pas de conséquence », lance le propriétaire d’un immeuble à Montréal-Nord.

Un autre propriétaire, qui loue un duplex situé à Pointe-aux-Trembles, affirme également recevoir un volume d’appels élevés.

« C’est difficile avec le locataire par contre. Il a peur de faire visiter son logement. Avec le coronavirus, je demande aux intéressés de ne pas toucher aux objets, mais ils n’écoutent pas toujours et sont parfois impolis », constate-t-il.

« Si le propriétaire respecte certaines conditions, dont de donner préavis, le locataire est obligé de permettre la visite du locateur » – Jean-Christophe Bureau – Soutien individuel aux locataires pour Infologis

Propriétaire à Montréal-Nord, Irini compte seulement pour sa part honorer les rendez-vous qui avaient déjà été établis avec des visiteurs. « Il y a beaucoup de personnes qui veulent visiter le logement, mais je vais arrêter pour essayer de protéger tout le monde. »

Face à l’inconnu

Si les visites d’appartements se poursuivent, nul ne peut prédire l’effet qu’auraient le prolongement des décrets d’urgence, voire l’intensification des mesures de distanciation sociale sur le marché locatif. Au comité Logement Infologis de l’est de l’île de Montréal, Jean-Christophe Bureau considère que la crise du logement n’attendra pas l’été et qu’elle est déjà en cours. « La quarantaine va compliquer les recherches de logements pour de nombreux locataires, avance-t-il. On en est au début, on s’attend à voir les problèmes arriver au cours des prochains temps, et on reste à l’affut. »

« Certains, vu les difficultés, pourraient préférer renouveler leur bail, mais seul l’avenir nous le dira. » – Jean-Christophe Bureau, soutien individuel aux locataires pour Infologis

« Il y a beaucoup d’inconnus encore, souligne Véronique Laflamme, porte-parole au Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU). On ne sait pas combien de temps va durer la crise sanitaire ni comment la situation économique va évoluer. »

Elle s’inquiète particulièrement pour la capacité de payer de certains locataires, qui pourraient être particulièrement touchés par la crise actuelle. « S’il n’y a pas de compensation, ça aura des impacts sur tous ceux qui ont des emplois précaires, qui ont de la difficulté à payer le loyer. On est très inquiets de ça », ajoute-t-elle.

Jean-Christophe Bureau aussi se préoccupe particulièrement des paiements de loyer. « En situation de pénurie de logements, on s’attend à ce que les propriétaires soient moins tolérants par rapport aux non-paiement et retard de loyer. »

Un moratoire pour les évictions

La Régie du logement a soutenu qu’elle suspendrait ses audiences pour éviction pendant une durée d’une semaine. Une mesure qui n’est toutefois pas suffisante pour le FRAPRU, qui a lancé une pétition pour demander un moratoire.

« Une semaine de suspension, c’était un pas dans la bonne direction, mais ce n’est pas suffisant », estime Mme Laflamme. »

L’organisme demande que toutes les évictions soient suspendues jusqu’à ce que les mesures de confinement soient levées, et qu’une aide d’urgence soit accordée aux ménages obligés de respecter la quarantaine, mais incapables de payer leur loyer.

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