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05:00 28 mai 2020 | mise à jour le: 28 mai 2020 à 17:13 temps de lecture: 5 minutes

CHSLD: crainte d’une seconde infection après un retour au travail

CHSLD: crainte d’une seconde infection après un retour au travail
Photo: Josie Desmarais | MétroL'Institut universitaire de gériatrie de Montréal.

Une préposée aux bénéficiaires de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal (IUGM) qui a obtenu un test positif au coronavirus appréhende son retour au travail au terme de sa quarantaine alors que plusieurs chercheurs tentent de faire la lumière sur l’immunité que développent les personnes qui survivent à cette maladie.

Kassandra* œuvre comme préposée aux bénéficiaires depuis près de deux ans dans le pavillon Alfred-Desrochers de l’IUGM, lourdement affecté par la crise dans les CHSLD. Elle a demandé à conserver l’anonymat par craintes de représailles de son employeur.

Kassandra est en isolement depuis qu’elle a reçu un test positif le 6 mai, bien qu’elle soit asymptomatique. Son isolement n’a toutefois pas été de tout repos.

«Ta maladie, tu l’oublies. Tu dois d’abord faire toute la bureaucratie parce que si tu ne cours pas après ce formulaire, tu n’auras pas ta paie», déplore-t-elle.

Immunisée, ou pas?

La préposée craint maintenant de contracter de nouveau le coronavirus si elle retourne au travail. Des préoccupations qui font écho aux nombreuses recherches qui tentent depuis le début de la pandémie d’analyser l’immunité que développent les personnes qui contractent cette maladie.

«On peut être assez confiants qu’il y a une immunité qui se développe chez une majorité de personnes, qui ne risquent donc pas d’attraper une deuxième fois le virus», affirme à Métro le professeur au département des sciences biologiques à l’UQAM, Benoit Barbeau. L’expert précise toutefois qu’on ignore actuellement combien de temps dure cette immunité.

«On n’a pas de données probantes qui nous disent actuellement si on peut le rattraper ou non», souligne pour sa part la professeure Roxane Borgès Da Silva, qui enseigne à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Au CIUSSS du Centre-Sud, les employés ayant contracté le coronavirus reviennent au travail après avoir reçu deux tests de dépistage «dont le résultat est négatif», indique-t-on à Métro.

189 employés infectés

Selon des données fournies à Métro par le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, 228 bénéficiaires de l’IUGM ont contracté le coronavirus et plus de 70 en sont décédés depuis le début de la crise sanitaire. Ces données incluent le centre d’hébergement Alfred-Desrochers, où l’on rapporte 67 cas et une trentaine de décès parmi les bénéficiaires.

Si aucun employé de l’IUGM et du centre Alfred-Desrochers n’a perdu la vie en raison de cette maladie, au moins 189 d’entre eux l’ont contractée jusqu’à maintenant. Le CIUSSS assure qu’il effectue un dépistage «systématique» des bénéficiaires et des employés «aux deux semaines».

Ailleurs dans le réseau de la santé, plusieurs préposés aux bénéficiaires ont perdu la vie en raison du coronavirus depuis le début de la pandémie.

Manque d’équipements

Kassandra déplore aussi le manque d’équipements de protection pour protéger les employés de l’IUGM du coronavirus.

«On manque toujours de quelque chose. Si on ne manque pas de jaquettes, on va manquer de masques», soulève-t-elle. Cette dernière, comme de nombreuses préposées aux bénéficiaires à travers le Québec, a dû utiliser un sac poubelle comme habit de protection à plusieurs reprises depuis le début de la pandémie.

«On n’a pas de pénurie d’équipements. Nos entrepôts sont pleins», rétorque toutefois une porte-parole du CIUSSS, qui nie que des employés de l’IUGM aient eu à utiliser un sac poubelle en guise d’habit de protection.

Des tests tardifs

Kassandra estime d’autre part que le CIUSSS a tardé a testé ses employés et bénéficiaires. En mars dernier, elle présentait déjà des symptômes de fièvre et de courbature. Elle a alors tenté d’obtenir un premier test de dépistage au coronavirus, en vain.

«J’ai continué à travailler et c’est sûr que je l’avais [le coronavirus]. Tout ce que je faisais après le travail, c’était de dormir. J’étais toujours fatiguée», raconte-t-elle à Métro.

Kassandra affirme que plusieurs de ses collègues présentaient alors des symptômes associés au nouveau coronavirus. Certains d’entre eux faisaient de la fièvre ou avaient perdu l’odorat, relate-t-elle.

«On s’encourageait pour continuer à aller travailler, mais on avait peur. Vous ne pouvez pas imaginer le stress que l’on vit.» -Une préposée aux bénéficiaires de l’IUGM

Constatant les multiples éclosions de coronavirus, le gouvernement Legault a demandé au début du mois d’avril que tous les employés et résidents des CHSLD et des autres établissements pour personnes âgées de la province reçoivent un test de dépistage au coronavirus. Ce n’est qu’alors que Kassandra a pu obtenir un premier test, qui s’est avéré négatif. La préposée estime qu’elle était probablement déjà guérie.

*Nom fictif

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