Montréal
12:51 26 mai 2020 | mise à jour le: 26 mai 2020 à 13:12 temps de lecture: 4 minutes

La CMQ reproche 45 manquements déontologiques à l’ex-maire de Chambly

La CMQ reproche 45 manquements déontologiques à l’ex-maire de Chambly
Photo: Ville de ChamblyDenis Lavoie, alors maire de la Ville de Chambly, en novembre 2018

Abus de confiance, népotisme ou encore favoritisme: déjà visé par une enquête de l’Unité permanente anticorruption (UPAC), l’ex-maire de la Ville de Chambly, Denis Lavoie, est cité en déontologie municipale pour pas moins de 45 manquements, devant la Commission municipale du Québec (CMQ).

«M. Denis Lavoie a, à plusieurs reprises, abusé de ses pouvoirs de maire. Il s’est prévalu de sa fonction en limitant abusivement les informations transmises aux conseillers municipaux, en intimidant certains d’entre eux et en décidant unilatéralement des sujets qui seront abordés», lit-on dans un extrait de la citation à comparaître de la CMQ, dont Métro a obtenu copie.

La Commission reproche à M. Lavoie d’avoir utilisé son statut de maire «à des fins personnelles» et d’avoir exercé des pressions illégales dans plusieurs instances de la Ville. Cela inclut le conseil municipal, la mairie et la direction générale. Mais aussi les services des communications, de l’urbanisme, des loisirs, des travaux publics, de l’ingénierie, du greffe et des ressources humaines.

«On dénonce un contrôle assez abusif, une ingérence assez forte et continuelle, bref un certain abus de pouvoir du maire.» -Isabelle Rivoal, porte-parole de la CMQ

Ingérence et partialité

Pendant près de six ans, le politicien se serait «ingéré abusivement dans les fonctions administratives dévolues à la direction générale» de la Ville, approuvant et ordonnant des dépenses «dans un intérêt distinct de l’intérêt général», note la CMQ.

Celle-ci reproche au principal intéressé d’avoir fait pression sur Radio-Canada et le ministère des Affaires municipales, peu après la parution d’un reportage accablant qui dénonçait un climat «toxique» à l’hôtel de ville.  On accuse aussi à M. Lavoie d’avoir «orchestré la destruction de la maison Boileau afin de créer une diversion médiatique au reportage». L’ex-maire aurait «tenté d’influencer» des élus et des employés pour empêcher ceux-ci de collaborer à l’enquête s’en étant suivie.

Un an auparavant, en octobre 2017, le maire aurait aussi tenté d’imposer sa loi dans un journal local.

«En pleine campagne électorale, il a exigé auprès du Journal de Chambly que sa photo soit juxtaposée à l’article en question à la place de celle d’une pelle mécanique.» -Extrait de l’avis de citation

En mars 2018, M. Lavoie aurait également laissé sa fille «bénéficier de favoritisme dans le processus d’embauche» de la Ville. Idem pour son fils, pour lequel l’ancien élu aurait exercé des pressions pendant quatre étés consécutifs «dans la gestion de son dossier d’employé» dans un camp de jour.

La CMQ affirme que l’élu a autorisé des dépenses de la Ville pour son propre intérêt, en permettant l’usage d’une voiture de la Ville, ses paiements d’essence et même la pose d’une attache-remorque pour «avantager Annie Nepton», la directrice générale adjointe. Denis Lavoie n’a pas commenté la situation, mardi. Il dispose maintenant de dix jours pour contester cette version des faits.

L’ex-maire de Chambly, un «Roi-Soleil»

Pour l’experte en gestion municipale de l’UQAM, Danielle Pilette, le fait que les manquements reprochés à M. Lavoie s’étalent sur cinq ans démontre «un mode de fonctionnement systématique».

«Il se disait que la municipalité, c’était lui. Comme un roi-soleil qui intimide qui il veut et qui s’approprie ce qu’il désire. C’est absolument antidémocratique.» -Danielle Pilette, de l’UQAM

Jusqu’à la fin, des élus et des conseillers ont soutenu le maire, remarque la spécialiste.

«Ça démontre n’y a pas suffisamment de chiens de garde dans le domaine municipal. Malheureusement, ça peut être très long avant qu’on rétablisse une situation inacceptable», martèle-t-elle. D’ailleurs, des situations similaires ne sont «pas si rares que ça» ailleurs au Québec, selon Mme Pilette.

La bonne nouvelle, ajoute celle-ci, est que la CMQ semble «reprendre du poil de la bête».

«Pendant plusieurs années, cet organisme a été relativement très discret, jusqu’à la Commission Charbonneau. Maintenant, elle retrouve son rôle. C’est une excellente nouvelle et on peut tous s’en réjouir», conclut-elle.

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