Montréal
05:00 1 juin 2020 | mise à jour le: 1 juin 2020 à 15:48

Plusieurs inquiétudes persistent, alors que les garderies rouvrent à Montréal

Plusieurs inquiétudes persistent, alors que les garderies rouvrent à Montréal
Photo: Josie Desmarais/MétroEn vue du déconfinement, Québec a limité les taux d’occupation des centres de la petite enfance (CPE) et garderies privées.

Craintes de pertes de revenus, problèmes avec les équipements et appréhensions chez le personnel; alors que les garderies, les CPE et les milieux familiaux rouvrent leurs portes lundi dans le Grand Montréal, des éducatrices et des syndicats conservent de sérieuses inquiétudes.

«Il y a beaucoup d’angoisse et l’inquiétude est très présente chez nos membres. Il faut y aller graduellement. S’il y a des éclosions, ça n’aidera en rien la reprise des activités économiques, explique à Métro la présidente de la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ), Valérie Grenon. Il faut vraiment que la santé publique ait un œil actif sur notre réseau, quitte à refermer nos services si la contagion se propage.»

Son groupe dit s’inquiéter pour la quantité de masques et de visières qui seront offerts aux employés, au fil des prochaines semaines.

«On connaît les problèmes d’approvisionnement, parce qu’il y a eu les mêmes dans le reste du Québec. Il faudra surveiller ça de près. En milieu familial, plusieurs éducatrices ont au-dessus de 50 ans, et sont parfois plus à risque.» -Valérie Grenon, présidente de la FIPEQ

Au cœur des préoccupations, se pose la question des liquidités et des listes d’attente dans les garderies. Si le ministère de la Famille s’est déjà engagé à compenser les pertes de revenus dues aux ratios diminués de 50%, la situation est toute autre sur le terrain, dénonce la leader syndicale. «On a des bureaux coordonnateurs qui n’appliquent pas cette consigne, dit-elle. Ça fait en sorte que les milieux ont des pertes, et n’ont plus le goût de respecter les ratios. Montréal ne doit pas vivre le même problème, sinon il y en a plusieurs qui vont fermer.»

Des choix «déchirants»

Sylvie Dahou Nadon gère un milieu de vie familial à Saint-Constant, en banlieue de Montréal, tout près de LaSalle. Pour elle, le plus difficile sera de gérer les mesures sanitaires.

«Faire respecter la distanciation sociale chez des 0-5 ans, c’est impossible. Plusieurs pédiatres nous disent que ça peut même brimer leur développement. J’espère que la santé publique fera rapidement un assouplissement», dit-elle.

«J’essaie de voir le positif, sinon mon niveau d’anxiété serait énorme, comme c’est le cas de plusieurs collègues en ce moment.» -Sylvie Dahou Nadon, éducatrice en milieu familial

D’ailleurs, satisfaire tous les besoins jusqu’au retour des ratios standards, en juillet, relèvera de l’exploit dans les garderies, d’après Mme Dahou Nadon. «Il va falloir choisir qui aura accès aux services, parce que beaucoup de parents vont retourner au travail. Ce ne sont jamais des choix faciles, c’est déchirant, surtout qu’on fait pression sur nous, et ça cause beaucoup de stress», témoigne la professionnelle.

Nouvelle normalité dans les garderies

Au CPE La Prairie, sur la Rive-Sud de Montréal, l’éducatrice Claudia Lupien est catégorique. «Parler de retour à la normale me fait capoter à chaque fois. Il n’y aura rien de normal», lâche-t-elle d’emblée.

«Notre crainte principale, c’est qu’on n’arrivera pas à tout nettoyer. Les protocoles nous disent de le faire trois fois par jour, mais c’est impossible. Ça prendrait carrément quelqu’un à temps plein qui désinfecte tout en permanence.» -Claudia Lupien, du CPE La Prairie

Comme plusieurs autres, Mme Lupien avoue qu’elle appréhendait de devoir porter le masque toute la journée, surtout avec la chaleur accablante. Depuis, la CNESST a assoupli sa position, permettant notamment aux éducatrices de retirer leur équipement de protection lorsqu’elles sont à plus de deux mètres d’un enfant.

«Moi, je ne dirai pas à un enfant qui a besoin d’un câlin de ne pas s’approcher. Je ne vais pas l’initier, mais mes bras seront toujours ouverts. Après, c’est certain qu’avec les autres adultes, on fera plus attention», considère-t-elle.

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