Montréal
17:29 4 juillet 2020 | mise à jour le: 4 juillet 2020 à 17:40 temps de lecture: 4 minutes

Rassemblement des motards de Montréal contre le racisme

Rassemblement des motards de Montréal contre le racisme
Photo: Daniel Sucar/Métro MédiaLa balade à moto antiraciste a débuté sur le parking du Gibeau Orange Julep.

Des dizaines de motards presque entièrement habillés en noir ont participé à un défilé à moto contre le racisme ce samedi après-midi, pour exprimer leur solidarité avec les personnes de couleur de Montréal et d’ailleurs.

«Avec ce rassemblement, j’essaie d’entamer un dialogue entre la communauté motard,» a déclaré Tony Alfonso, 37 ans et organisateur de la virée. «Nous devons parler entre nous de racisme, plutôt que de cacher la poussière sous le tapis».

Les motards se sont retrouvés sur le parking du Gibeau Orange Julep sur le boulevard Décarie. Là, les participants ont décoré leurs motos avec des autocollants et des drapeaux sur lesquels on pouvait lire «Définancer le SPVM» ou «Dites leurs noms».

Après un court discours prononcé par Alfonso, les motards ont quitté le parking en descendant Jean-Talon, traversant des quartiers populaires comme Parc-Extension et Villeray.

Les émotions ont été fortes tout au long de la traversée, avec beaucoup de participants exprimant leur frustration face à la fréquence du racisme dans la province, ainsi qu’à l’inaction des dirigeants du gouvernement provincial.

«Le premier ministre François Legault a nié l’existence d’un racisme systémique au Québec, mais je suis la preuve vivante que ce racisme est bel et bien vivant dans la province,» a déclaré Jawed Tress, une participante du rassemblement. «Je vis ici depuis 16 ans et chaque jour est un combat.»

«Mon meilleur ami est un homme Noir, et j’ai vu l’enfer qu’il traverse juste pour avoir une journée normale,» a confié John Chiazzese, un autre participant du rassemblement.

Depuis la mort de George Floyd – un homme Noir qui a été tué par un policier de Minneapolis lors de son arrestation le 25 mai – des manifestations dénonçant la brutalité policière et le racisme systémique ont eu lieu partout dans le monde.

À Montréal, ces manifestations ont pris une autre tournure, avec une attention particulière accordée aux pratiques du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Un rapport de 2019 a révélé que les forces de police montréalaises avaient des préjugés raciaux, puisque les policiers avaient cinq fois plus de chances d’arrêter une personne Noir ou Autochtone qu’un Blanc.

«Communauté très blanche»

Cependant, Alfonso a aussi noté que le racisme est également très répandu au sein de la communauté des motards de la ville.

«Montréal a un passif d’exclure des personnes de couleur de tout, et la communauté des motards n’est pas différente,» a déclaré Alfonso, qui est d’origine cubaine.

En plus de partager ses propres déboires avec le racisme, l’organisateur du rassemblement a cité des exemples d’effacement des Noirs au sein de la communauté, ainsi que des cas où des personnes de couleur ont été exclues de certains événements et clubs de motards.
«C’est une communauté très blanche, et ce n’est pas représentatif de la culture montréalaise,» a-t-il expliqué. «Quand je vais à une virée de motards et que je regarde autour de moi, j’aurai la chance de voir une autre personne de couleur.»

Mais en organisant des évènements comme le défilé contre le racisme, Alfonso espère démontrer qu’il existe un petit groupe de motards locaux qui sont prêts à s’opposer contre le racisme, pas seulement dans leurs communautés, mais aussi dans le monde.
«Historiquement, les motards sont des parias qui défendent toujours l’opprimé,» a-t-il déclaré. «Aujourd’hui plus que jamais, nous devons rester fidèles à nos racines.»

Les fonds collectés durant le rassemblement ont été donnés à des initiatives locales comme le Foyer pour femmes autochtones de Montréal et le Centre des travailleurs et travailleuses immigrants (CTI).

«Au sein de la communauté des motards, le racisme est très présent. Nous voulions faire quelque chose pour répondre à cela.»
Tony Alfonso, organisateur de l’évènement

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