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11:01 3 juillet 2020 | mise à jour le: 3 juillet 2020 à 12:12 temps de lecture: 5 minutes

Profilage racial: vague d’indignation après l’arrestation d’une adolescente dans NDG

Profilage racial: vague d’indignation après l’arrestation d’une adolescente dans NDG
Photo: Archives MétroD’importantes quantités de fentanyl et d'héroïne ont été saisies à Lachine.

Alors que le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) doit présenter mercredi une politique sur les interpellations, des citoyens du quartier Notre-Dame-de-Grâce (NDG) dénoncent une intervention jugée abusive de patrouilleurs dans le parc Girouard, où une adolescente d’origine philippine âgée de 15 ans a été arrêtée lundi pour non-respect de la distanciation sociale. Des citoyens de NDG estiment qu’il s’agit de profilage racial.

«Sur 30 adolescents dans le parc, elle était la seule membre d’une minorité visible, la seule à avoir été soumis à l’usage de la force et la seule accusée d’infractions criminelles. Nous sommes obligés de demander si la race a joué un cette intervention», écrit le vice-président de l’Association des Philippins de Montréal (APM), Ramon Vicente, dans une lettre envoyée hier au directeur du SPVM, Sylvain Caron.

Plusieurs questions en suspens

Une vidéo largement diffusée sur les réseaux sociaux montre l’adolescente être projetée au sol par un agent. Après l’arrestation, d’autres jeunes demandent aux policiers de justifier l’arrestation. Et ceux-ci répondent «qu’elle ne respecte pas la distance».

«Son crime présumé de non-distanciation sociale ne mérite pas le type de force utilisé par le service de police. Elle n’a que 15 ans et n’était nullement violente. Ce n’est pas ainsi que nous pensons que le maintien de l’ordre doit être fait à Montréal.» -Ramon Vicente, de l’APM

Au Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR), le directeur Fo Niemi abonde dans le même sens. «Il y a des aspects très troublants sur l’usage de la force, à l’endroit d’une jeune fille qui n’a même pas fait preuve de réelle dangerosité, avance-t-il. Le fait qu’elle ait la seule arrêtée soulève aussi beaucoup de questions.» M. Niemi affirme qu’il faut s’attarder aux enjeux de désescalade incessamment au SPVM.

Même son de cloche pour le chef de l’Opposition officielle, Lionel Perez. «Cette nouvelle bourde du SPVM démontre encore une fois à quel point la culture répressive de cet organisme ne change pas. Au lieu de s’améliorer, les relations avec les citoyens dégénèrent. Beaucoup de belles paroles, des interventions qui n’ont aucun bon sens», dénonce-t-il.

«Pourquoi les deux policiers ont-ils été aussi agressifs physiquement avec une jeune femme de quinze ans qui n’était absolument pas menaçante? Je comprends la colère de la communauté et je la partage.» -Lionel Perez, d’Ensemble Montréal

Le SPVM s’explique

Selon le rapport d’intervention du SPVM, cité par la relationniste Véronique Comtois, l’intervention s’est déroulée peu après 21h, lundi soir. «Les policiers ont été demandés en assistance parce que des cadets avaient observé des jeunes ne respectant pas la distanciation dans le parc. Il y avait aussi de la consommation d’alcool», explique-t-elle.

D’après Mme Comtois, la jeune femme «a par la suite tenté de fuir, et de résister à l’interpellation».

«Pendant l’intervention, un groupe de jeune a entouré les policiers, en les injuriant. On a donc dû demander du renfort pour les disperser.» -Véronique Comtois, du SPVM

Une demande a ensuite été envoyée au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) pour déposer des accusations d’entrave au travail des policiers envers la jeune adolescente. M. Vicente, lui, demande que le SPVM revienne sur sa position, et rapidement. «Nous demandons que les accusations […] soient abandonnées, que l’équipe de police des jeunes dialogue avec les adolescents du parc Girouard et que votre service développe des politiques de désescalade», dit-il.

Un «grave incident», selon un élu

Pour le conseiller municipal de Snowdon, Marvin Rotrand, cet incident est «particulièrement grave», car il montre une violence tout à fait injustifiée. «On voit un usage de la force contre une jeune qui ne semble même pas offrir de résistance ou de violence. C’est inacceptable», explique-t-il.

L’idée de déposer des accusations criminelles est, par ailleurs, «totalement excessive», ajoute l’élu municipal.

«Ça démontre qu’il y a un vrai problème. Et c’est un autre argument pour doter les policiers de caméras portatives. C’est le troisième événement en deux semaines qui suscite de l’inquiétude dans le voisinage.» -Marvin Rotrand, conseiller de Snowdon

Selon lui, la Ville de Montréal doit envisager d’entamer une réforme de son corps de police, comme le fait actuellement le maire Toronto, John Tory. Celui-ci souhaite notamment créer une nouvelle équipe composée de membres provenant de l’extérieur du corps de police pour intervenir dans des situations «où la réponse policière n’est pas nécessaire». Il s’agirait, par exemple, de travailleurs sociaux qui répondraient aux appels n’impliquant pas «l’usage d’armes ou de violence».

«Il y a des façons différentes et plus intelligentes de faire. Et Montréal va devoir s’en inspirer», conclut M. Rotrand.

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