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12:55 7 août 2020 | mise à jour le: 7 août 2020 à 15:57 temps de lecture: 3 minutes

Dan Philip: départ à la retraite d’un fervent défenseur de la lutte contre le racisme

Dan Philip: départ à la retraite d’un fervent défenseur de la lutte contre le racisme
Photo: Courtoisie, Zenabou OuedraogoDan Philip a été président de la Ligue des Noirs du Québec pendant plus de 40 ans.

Après plus de 40 ans à la tête de la Ligue des Noirs du Québec, Dan Philip passe le flambeau avec le sentiment du devoir accompli, bien qu’il reste «beaucoup de travail à faire» afin de mettre fin au profilage racial et à la brutalité policière à l’égard des minorités visibles.

«J’ai déjà donné beaucoup de temps. Je suis fatigué. Il faut de la relève. Il faut des gens qui sont jeunes et dynamiques pour continuer la lutte. Je ne peux pas être là pour toujours», laisse tomber M. Philip en entrevue à Métro. Celui-ci a pris sa retraite à titre de président de la Ligue la semaine dernière, à l’âge de 81 ans, afin de laisser place à l’avocat Max Stanley Bazin.

C’est un véritable parcours de combattant qu’a mené M. Philip au cours des dernières décennies. Originaire de Sainte-Lucie, dans les Caraïbes, le militant pour les droits des Noirs immigre au Québec en 1973 après avoir d’abord pris le chemin des États-Unis.

Brutalité policière

Il prend alors la tête de la Ligue, où il mènera de nombreuses luttes, notamment pour dénoncer la brutalité policière à l’égard de minorités visibles à Montréal. Il fera ainsi partie des mobilisations qui ont suivi notamment la mort d’Anthony Griffin (1987), de Marcellus François (1991) et du chauffeur de taxi Richard Barnabé (1993).

«Ce que nous constatons, c’est que ce sont les personnes qui vivent le profilage racial qui doivent trouver des solutions», déplore M. Philip, dont l’organisation est à l’origine de poursuites intentées dans les dernières années contre la Ville et le Service de police de la Ville de Montréal pour des cas de profilage racial présumés.

Plus récemment, l’octogénaire et d’autres représentants d’organismes ont milité pour demander au Service de police de la Ville de Montréal d’imposer un moratoire sur les interpellations policières après qu’un rapport dévastateur ait fait état, en octobre dernier, de biais systémiques à l’égard des minorités visibles et des Autochtones de la part des policiers de la métropole. 

«Beaucoup de travail à faire»

Depuis, la Ville de Montréal et le SPVM ont reconnu l’existence du racisme systémique dans leurs rangs, en promettant d’agir. Des déclarations qui ont eu lieu dans la foulée de la publication, le 15 juin, d’un vaste rapport de l’Office de consultation publique de Montréal, et de manifestations d’envergure survenues un peu partout dans le monde à la suite de la mort de l’Afro-Américain George Floyd, le 25 mai. Le SPVM a également présenté le 8 juillet une politique visant à mettre fin aux interpellations policières «sans fondement ou aléatoires».

«Avant, les Noirs ne pouvaient même pas faire du taxi parce que les gens ne voulaient pas rentrer dans un taxi conduit par une personne noire […] Maintenant, tout a changé», constate Dan Philip.

Il reste toutefois «beaucoup de travail à faire», renchérit-il. Les personnes noires continuent notamment d’être sous-représentées dans les organismes publics et parmi les élus de la Ville de Montréal.

«Il faut toujours continuer la lutte. Ce n’est pas fini», ajoute M. Philip, qui salue la mobilisation collective contre le profilage et le racisme systémique des dernières semaines.

«Nous devons procéder à des changements dans notre société. Il y a eu des changements aux États-Unis, mais c’est notre responsabilité de trouver des changements pour notre communauté ici», conclut Dan Philip.

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