Montréal

Le torchon brûle entre la Fraternité des policiers et la commissaire au racisme

Alain Babineau
Alain Babineau Photo: Pablo A. Ortiz/Archives Métro

La Fraternité des policiers et policières de Montréal dénonce l’embauche du militant Alain Babineau par la commissaire à la lutte contre le racisme et la discrimination systémiques à la Ville de Montréal, Bochra Manaï.

Dans un courriel envoyé mercredi matin à tous ses membres, et dont Métro a obtenu copie, le syndicat de la Fraternité s’indigne de voir Mme Manaï recruter Alain Babineau, un ex-policier de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) devenu critique de la police. La nouvelle a d’abord été rapportée par La Presse.

Selon la Fraternité, M. Babineau vient d’être choisi pour être conseiller attaché au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), mais Métro n’a pas pu confirmer cette information.

Or, Yves Francoeur, président de la Fraternité et signataire de la lettre, estime qu’il n’est «pas raisonnable que la police devienne un chantier d’expérimentation pour les militants.»

Il déplore d’ailleurs que le poste de commissaire lui-même soit occupé par une militante qui s’est publiquement opposée à la Loi sur la laïcité de l’État, mais indique «avoir laissé la chance à la coureuse».

Chercheuse et militante, Bochra Manaï est la première personne à occuper le poste de commissaire à la lutte au racisme à Montréal depuis janvier. En 2019, elle était porte-parole du Conseil national des musulmans Canadiens (CNMC) lors de sa contestation judiciaire de la loi 21 sur la laïcité.

La nomination de Bochra Manaï avait créé des remous chez les pro-laïcité qui estiment que l’administration Plante s’associe à des positions controversées sur les accommodements religieux. Le premier ministre du Québec, François Legault, avait lui-même critiqué son recrutement.

Nomination d’Alain Babineau

Pour la Fraternité, la nomination d’Alain Babineau comme conseiller attaché au SPVM pour le commissaire à la lutte contre le racisme et la discrimination systémiques est la goute qui fait déborder le vase.

Maintenant à la retraite, M. Babineau intervient dans les médias pour commenter les cas de profilage racial au sein de la police. Il a aussi été conseiller du Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR).

Or, selon la Fraternité qui décrit M. Babineau comme «un militant dont l’une des spécialités est d’accuser les policiers et policières de profilage racial dans les médias», «un minimum d’apparence d’impartialité aurait été nécessaire pour ce poste».

À titre d’exemple, elle cite une déclaration dans laquelle Alain Babineau aurait dit qu’il pouvait «repérer un cas de profilage racial à l’odorat».

«Nous respectons son vécu et son droit de parole comme militant, même si nous déplorons fortement la rapidité avec laquelle il saute toujours prématurément à la même conclusion. Mais il est évident qu’un militant plaidant dans les médias contre les policiers et policières est mal placé pour susciter l’adhésion», indique-t-on dans la lettre envoyée mercredi.

La Fraternité n’a pas voulu nous accorder d’entrevue dans la foulée de sa déclaration.

Alain Babineau n’a pas immédiatement fait suite aux demandes d’entrevues de Métro.

La Ville réagit

Par courriel, la Ville de Montréal rappelle la volonté de Bochra Manaï à incarner les recommandations de l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) pour trouver des réponses structurantes aux enjeux de racisme et de discriminations systémiques à la Ville de Montréal.

«Suite à des processus d’embauche rigoureux, [Mme Manaï] s’est entourée de personnes expérimentées et aux parcours exceptionnels. La commissaire a d’ailleurs déjà rencontré les différentes unités administratives de la Ville, dont le SPVM et les divers arrondissements. La transformation organisationnelle, nécessaire et que plusieurs unités et services ont entamée avec courage et responsabilité, se fait avec le Bureau dans la collaboration et l’ouverture», ajoute-t-on.

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