Le quotidien chaotique d’Haïti dans une exposition
Lorsque le Montréalais Benoit Aquin a foulé le sol haïtien en janvier 2010, quelques jours après le tremblement de terre, cela faisait 15 ans qu’il n’y avait pas mis les pieds.
Le photographe a immortalisé plusieurs moments, certains assez crus, témoignant de l’état des lieux après le dévastateur tremblement de terre d’une magnitude de 7,3, qui a fait plus de 220 000 morts. Il y est depuis retourné quelques fois, et le fruit de ses voyages se retrouve dans une exposition au Musée McCord, qui débute jeudi.
Haïti. Chaos et quotidien se veut un hommage à ce pays et à son peuple, raconte Benoit Aquin, qui admet que ses images sont teintées d’un certain attachement au pays. Il faut dire que le photographe montréalais a déjà vécu en Haïti, lorsqu’il avait quatre ans. Il y est par la suite retourné périodiquement et a même été marié à une Haïtienne. Mais il n’y était pas allé depuis 1995.
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Ce premier voyage depuis longtemps lui a donné un choc. Il a vu des scènes dures, horribles. Ces scènes se retrouvent en partie dans son exposition, mais avec une certaine retenue.
«J’ai voulu montrer les choses comme elles sont, mais sans être sensationnaliste», explique-t-il.
Mais c’est lors de son retour à Montréal que ces scènes l’ont le plus bouleversé. Il a décidé d’y retourner – six fois en trois ans –, pour éviter que son travail ne reste fixé sur la catastrophe.
À travers l’exposition, divisée en trois salles, on découvre la culture haïtienne en même temps que les conditions de vie chaotiques causées par le tremblement de terre.
Dans la première salle, on retrouve l’état des lieux de différentes villes, tout de suite après le tremblement de terre. Des scènes dures succèdent à d’autres témoignant d’espoir. La lumière y est bleutée, et crée une ambiance particulière.
Dans la suivante, on assiste à des scènes du quotidien, un an ou deux après la catastrophe. On découvre notamment un campement abritant des Haïtiens déplacés par le tremblement de terre, dans un cimetière d’avions. Parmi les carcasses d’avions, des objets du quotidien. Des contrastes captivants.
La dernière salle est davantage un hommage à la culture haïtienne. De magnifiques scènes colorées dépeignent un carnaval, tandis que d’autres témoignent de rites vaudous.
«Il est très inspirant de voir cette présentation d’un peuple, qui a vécu le chaos et l’horreur, mais qui choisit l’espoir», résume la présidente et chef de la direction du Musée McCord, Suzanne Sauvage.
La quarantaine de photos en couleurs est également ponctuée de citations de l’écrivain Dany Laferrière, Haïtien d’origine.
«Le ton est radicalement différent, note Hélène Samson, conservatrice aux archives photographiques Notman. Mais le ton parfois humoristique, et parfois décapant de Dany Laferrière vient ajouter un décalage très évocateur.»
Quelques citations
Voici quelques citations frappantes de romans de Dany Laferrière, incluses dans l’exposition. Elles sont tirées de deux romans se déroulant en Haïti, dont Tout bouge autour de moi, un témoignage de l’auteur, qui s’est retrouvé sur les lieux tout de suite après le séisme.
- «Comment parvient-on à pleurer ses morts quand il est si difficile de se retrouver dans un moment de solitude?» – Tout bouge autour de moi, 2010
- «Ce désastre aura fait apparaître, sous nos yeux éblouis, un peuple que des institutions gangrénées empêchent de s’épanouir. Il aura fallu que ces institutions disparaissent un moment du paysage pour voir surgir, sous une pluie de poussière, un peuple digne.» – Tout bouge autour de moi, 2010
- «Quand il y a une panne d’électricité, c’est avec l’énergie de nos corps érotisés qu’on éclaire les maisons. L’unique carburant que ce pays possède en quantité industrielle qui soit capable en même temps de faire grimper la courbe démographique.» – L’énigme du retour, 2009
Bonus info
L’exposition Haïti. Chaos et quotidien, du photographe Benoit Aquin
Musée McCord
Du 28 février au 12 mai 2013