Montréal

Beyrouth: les Libanais se rassemblent au Port de Montréal

Des libanais de Montréal se sont recueillis au Vieux-Port de Montréal pour rendre hommage aux victimes de l'explosion au port de Beyrouth il y a un an. Photo: Josie Desmarais/Métro

L’hymne libanais a résonné ce matin dans le port de Montréal en mémoire des victimes de l’explosion du port de Beyrouth il y a un an.

Avec ce rassemblement citoyen de plusieurs dizaines de personnes, la diaspora tenait à affirmer sa solidarité avec le peuple libanais en deuil, alors que le 4 août dernier, une explosion meurtrière a fauché 218 victimes, en a blessé plus de 7500 et a défiguré la ville.

«C’est une journée de deuil, mais c’est aussi une journée de solidarité avec le peuple libanais (…) On est tous des Libanais aujourd’hui.»

Aref Salem, conseiller de Saint-Laurent, district de Norman-McLaren.

Randa Ghossoub, vocaliste de jazz et l’organisatrice du rassemblement — né d’un message spontané sur Facebook — explique qu’il y avait un devoir moral de se mobiliser à la mémoire des victimes, elle qui a perdu un proche il y a un an.

Cindy Germany a quant à elle partagé avec Métro un douloureux souvenir, elle qui était au Liban au moment de l’explosion.

«J’avais cette sensation très forte qu’il fallait que j’y aille, je ne sais pas pourquoi. Comme si ça allait être mémorable. Je suis sortie de la maison très tôt, j’ai été travailler puis je suis allée au mariage et en fait c’est le mariage qui m’a sauvé la vie parce que ma maison a complètement explosé.»

Cindy Germany, dentiste

Lors de l’évènement, Randa Ghossoub a suspendu sur un arbre du Vieux-Port, un message, accroché à un papillon. Une façon pour l’artiste de rendre hommage aux victimes avec poésie, le papillon qui bat des ailes pourrait rejoindre «l’autre» port, à Beyrouth.

Randa Ghossoub devant le ruban suspendu en hommage aux victimes de l’explosion au port de Beyrouth le 4 août 2020

Un appel à l’international

Cindy retournera au Liban dans quelques jours pour rendre visite à sa famille mais appréhende son retour, alors que «la situation du pays dégringole de jour en jour». Pour elle, «le seul recours serait les nations internationales qui ont un devoir humain d’agir.»

Marie Karim, une Libano-Canadienne rescapée de l’explosion avec sa famille dit «ne s’attendre à rien des autorités libanaises», mais souhaite plutôt «une aide politique de la part du gouvernement canadien.»

Marie-Joëlle Zahar, professeure en sciences politiques et spécialiste du Moyen-Orient, comprend cette demande d’un «appui politique international». Elle salue «le cadre de sanctions adopté par l’Union européenne qui pourrait être imposé pour forcer les leaders à assumer leurs responsabilités». Or, selon la spécialiste, «les sanctions de l’UE ne seraient pas suffisantes» pour faire fléchir la classe politique libanaise.

Un an après, les rescapés, les familles libanaises et les proches de victimes, d’un port à l’autre, peinent à se reconstruire et à faire leur deuil. Plus que tout, ils demandent des réponses.

«Au-delà de pleurer les morts, au-delà d’être solidaires, il faut aussi qu’on ait des réponses, c’est-à-dire que pour respecter la mémoire des personnes qui sont mortes, qui ont été blessées, qui ont été déplacées par cette tragédie, pour qu’on ait de la justice et de la paix. Il faut qu’on trouve des solutions et pour ça, ça passe par une réelle enquête.»

Caroline Codsi, présidente et fondatrice de l’association à but non lucratif La Gouvernance au Féminin

Aujourd’hui encore, même si une enquête est en cours, elle traîne depuis un an et se heurte à l’immunité politique de nombreux dirigeants. Ainsi, un an après le drame, la présence de 2700 tonnes de nitrate d’ammonium au port de Beyrouth «sans mesure de précaution» n’est toujours pas expliquée par le gouvernement.

Le juge responsable de l’enquête, Tarek Bitar, a demandé au Parlement de lever l’immunité de trois députés nommés à des postes ministériels pour intenter des poursuites, celle-ci a été refusée par les parlementaires libanais. Cette demande a été reprise par Amnesty International.

Pour Marie-Joëlle Zahar, professeure en sciences politiques et spécialiste du Moyen-Orient, «Il y a une réelle nécessité de faire la lumière, car si on ne sait ni par qui ni pourquoi, on ne peut ni blâmer, ni punir ni demander des réparations.»

La crise de trop

Pour Mme Karim, l’explosion a été «la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.»

En effet, le pays s’enfonce dans la pire crise économique, sociale et politique de son histoire. La livre libanaise a perdu près de 90% de sa valeur, l’inflation a atteint près de 140% et le prix des denrées alimentaires a plus que triplé, selon des chiffres officiels.

De plus, selon l’ONU, près de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté et la situation socio-économique est jugée pire que pendant la guerre.

Un rapport de la Banque Mondiale explique également que la crise économique et sociale du pays est imputable à «la mauvaise gestion politique du pays» et notamment de la pandémie de Coronavirus. L’explosion au port de Beyrouth a d’ailleurs détruit plusieurs grands hôpitaux de la capitale, un handicap dans la lutte du personnel contre le virus.

Partout à travers le pays les denrées alimentaires et les médicaments manquent. Randa Ghossoub et de nombreuses personnes rencontrées par Métro rapportaient que «les gens ont du mal à trouver des médicaments.» Or, le pays fait actuellement face à une hausse des cas de COVID-19.

Le Fonds Monétaire international (FMI) avait proposé au pays une aide financière mais sous condition: la classe politique devait former un nouveau gouvernement, ce qui n’a toujours pas été fait. Malgré l’inertie politique qui frappe le pays, 370 millions de dollars ont été débloqués aujourd’hui (dont 200 millions par la France et les États-Unis), lors d’une conférence internationale pour tenter de freiner l’escalade de la crise.

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