Montréal

Des chevaux pour les cols bleus

Des chevaux pour les cols bleus
Photo: Véolia

Et si les cols bleus de Montréal utilisaient le cheval pour ramasser des ordures ou pour entretenir des parcs? Une question d’environnement, mais aussi de protection de l’espèce.

L’idée d’utiliser des chevaux pour des tâches municipales, proposée par l’organisme Québec à cheval et reprise par le parti Projet Montréal, peut sembler farfelue à première vue. Elle l’est beaucoup moins lorsqu’on réalise qu’une soixantaine de municipalités françaises en ont fait l’essai avec succès.

Direction Hazebrouck, dans le nord de la France. Depuis 2 ans, cette ville de 22 000 habitants utilise trois chevaux de trait pour ramasser les ordures ménagères. «Au départ, il n’y avait qu’un cheval et c’était surtout un coup de marketing vert, mais ils se sont rendu compte que c’était rentable», se félicite Jean-Louis Cannelle, président du Centre européen de ressources et de recherches en traction animale (CERRTA).

En repensant la façon de collecter les ordures, le rythme de collecte est passé de 3,5 km/h à 6 km/h. Finis les arrêts incessants du camion, l’attelage est désormais continuellement en mouvement, et les deux éboueurs lancent les sacs (qui ont remplacé les bacs roulants) dans la benne de 14 m3 conçue spécialement par Veolia Propreté, l’un des leaders français du ramassage des ordures. Une fois pleine, la benne verse son contenu dans un camion qui file vers le dépotoir.

L’entreprise indique qu’en plus de réduire le bruit, la pollution et de contribuer à la sauvegarde de certaines races de chevaux de trait, les économies de diesel se chiffrent à 13 000 litres par an (24 000 $). En outre, le tri sélectif est bien mieux effectué et le volume de déchets imputrescibles a diminué, note M. Cannelle. Ce dernier pense que le facteur sympathie pour les chevaux y est pour beaucoup. Mais pour arriver à implanter cette idée à Montréal, il y a du chemin à faire, note Audrey Lapointe, agente de développement et de formation chez Québec à cheval, l’association québécoise pour le tourisme équestre et l’équitation de loisirs. «Quand on présente l’idée à des élus ou à des fonctionnaires pour la première fois, ils pensent que c’est une joke. Disons que le milieu des cochers, malgré le bon travail de certains, est piteusement géré et ça donne une mauvaise réputation au concept de cheval en ville.»

Il y a trois écuries privées à Montréal qui gèrent une vingtaine de permis de cochers. Trois façons de faire bien différentes qui font dire que les chevaux montréalais ne sont pas tous logés à la même enseigne. Les fers doublés de morceaux de caoutchouc ou les amortisseurs sur les brancards des calèches pour adoucir le travail du cheval ne sont pas la norme.

En parcourant les abords de ces trois écuries, il est évident d’un point de vue olfactif que certains font plus d’efforts que d’autres. «Les vrais défis d’une écurie en milieu urbain ce n’est pas la gestion des odeurs, mais plutôt celle de l’évacuation et l’élimination du fumier», précise Jean-Louis Cannelle. Cela tombe à pic, la Ville doit se doter d’ici 2015 d’une usine de biométhanisation des déchets de table.

Pour en apprendre plus sur l’expérience française, William Antoine, fondateur de l’association Éco-conseils hippomobile et de l’entreprise les Sabots verts est allé en France à plusieurs reprises. Son constat est sans appel. «Ramener les chevaux à réaliser des tâches municipales n’est pas forcément complexe, mais on n’a pas le droit de se tromper. Il faut faire une étude de faisabilité, éviter d’aller trop vite ou de vouloir se lancer uniquement pour surfer sur la vague verte», indique-t-il. Il recommande au passage de regarder du côté de la ville de Mâcon, la ville française modèle, car elle intègre le cheval pour la collecte des déchets, l’entretien des espaces verts et soutient un pôle social équi-handi, car le cheval a aussi des vertus thérapeutiques.

Le concept montréalais

L’association Québec à cheval et le parti Projet Montréal sont les deux principales organisations qui soutiennent l’utilisation du cheval à des fins autres que touristiques. Ils s’entendent sur plusieurs points, dont l’importance de la création d’une écurie centrale gérée par un organisme, mais supervisée par la Ville. Une telle organisation permettrait un bien meilleur traitement des chevaux, pourrait servir comme lieu d’interprétation pour les enfants et contribuerait à la réinsertion sociale.

Le chef de Projet Mont­réal, Richard Bergeron, propose de la construire en face du marché Bonsecours, sur ce qui est actuellement un stationnement. Les chevaux seraient notamment utilisés pour la cueillette des ordures dans certains secteurs, voire pour l’entretien paysager de parcs. Cela permettrait de sauvegarder une partie du patrimoine montréalais, clame Richard Bergeron. Historiquement, le cheval a longtemps été utilisé pour le ramassage de la neige et même pour tirer les tramways montréalais dans certaines côtes trop abruptes.

L’exemple français
Une soixantaine de municipalités françaises font appel aux chevaux. Voici trois exemples d’utilisation.
1. Tondre la pelouse et ramasser les arbres morts (Bois de Vincennes, Paris)
2. Ramasser les ordures ou le recyclage (Hazebrouk, Trouville, Verdun)
3. Amener les enfants à l’école (Saint-Pierre-sur-Dives)

Avis divergents
La SPCA et l’Anti-Calèche Defense Coalition sont fermement opposés à l’utilisation de chevaux en ville.

  • Mémoire. Dans un mémoire déposé lors de la consultation publique sur l’Avenir du Vieux-Montréal, l’Anti-calèches Defense Coalition dénonce «l’industrie inhumaine des calèches urbaines», faisant notamment référence à la pollution, aux risques de collisions avec les autos, la durée des heures de travail et le non-respect des règlements par plusieurs cochers.
  • Cols bleus. Le syndicat des cols bleus n’a pas répondu à nos appels répétés.

La cueillette hippomobile expliquée par Veolia