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Vers un «last call» après 3h dans les bars de Montréal

De plus en plus d'événements permettent aux bars de Montréal de fermer après 3h de matin.
MTL 24/24 estime qu’étendre la vie nocturne à Montréal est un «win-win», pour les citoyens et la Ville. Photo: Alexander Popov/Unsplash

À l’instar des grandes villes européennes comme Berlin et Paris, Montréal pourrait prochainement être une métropole à la vie nocturne prolongée. La tenue de projets pilotes permettant à des salles de spectacles ou à des bars de servir de l’alcool après 3h démontre la volonté de l’administration Plante de faire de Montréal une ville 24h.   

Dans la nuit du 9 septembre au 10 septembre, à l’occasion de la première édition de la Nocturne du Quartier latin, 14 bars seront ouverts jusqu’à 6h du matin.  

L’événement, un projet pilote, est semblable à celui de la Nuit blanche, une célébration nocturne organisée chaque hiver depuis près de 20 ans à Montréal. 

Or, après une pause forcée en 2021, la Nuit blanche a eu lieu en février dernier, mais les tenanciers de bars n’ont pas pu y participer comme à leur habitude en raison de la pandémie de COVID-19.  

«Depuis le mois de février, les commerçants se demandent quand est-ce qu’on va reprendre la Nuit blanche», mentionne la responsable des communications et du marketing pour la Société de développement commercial (SDC) du Quartier latin, Sandra Raymond. 

C’est le cas du bar l’Abreuvoir, situé au coin des rues Ontario et Saint-Denis, qui se réjouissait de ses précédentes participations à l’événement. Le gérant Simon Lalonde voit l’événement comme une occasion d’affaires. «Ça fait rayonner l’Abreuvoir dans l’industrie de la restauration et des bars parce que ça nous différencie de nos compétiteurs [qui ne participent pas à la Nuit blanche]», dit-il.  

Trois premiers projets pilotes

La Nocturne du Quartier latin est le deuxième projet pilote du genre à être organisé cette année. Le premier, qui s’est tenu en mai dernier à la Société des arts technologiques (SAT), autorisait les noctambules à fêter et à boire de l’alcool sans interruption durant près de 30 heures, une première au Canada.  

L’événement «NON-STOP 24/24» organisé à la fin mai 2022 par l’organisme MTL 24/24 a d’ailleurs été un succès, affirme le responsable du développement économique et commercial au comité exécutif de la Ville de Montréal, Luc Rabouin. 

«On travaillait avec un organisme crédible qu’on connaît bien. Pour le premier projet pilote, on avait toutes les conditions gagnantes pour que ça marche. Pour le deuxième [La Nocturne du Quartier latin qui a lieu ce week-end], ce n’est pas juste un établissement, c’est plusieurs. On est dans un contexte de rentrée scolaire, donc probablement très festif. Là, on va aller tester des choses», explique-t-il en entrevue avec Métro.

Le 30 septembre prochain de 22h à 9h, à l’occasion du cinquième anniversaire de MTL 24/24, un troisième projet pilote se tiendra dans le studio des Grands Ballets canadiens à l’édifice Wilder. L’organisme bénéficiera à nouveau d’une dérogation exceptionnelle de la Ville de Montréal afin d’offrir un service de bar en continu après 3h du matin. 

Plus, encore plus!

Ces trois événements sont les premiers de plusieurs autres puisque la Ville fait présentement un appel à projets destiné aux OBNL qui souhaitent organiser un événement culturel avec une prolongation des heures de vente d’alcool. 

Sortir dans les clubs à Montréal
Photo : Unsplash

«On aimerait aller tester dans des zones peut-être un peu plus excentriques [NDLR: industrielles] pour voir comment ça peut se passer et c’est quoi les conditions qu’il faut mettre en place en termes de bouffe et de transport en commun», précise Luc Rabouin. 

Selon lui, environ sept à dix projets devraient se tenir à Montréal dans la prochaine année jusqu’à l’adoption de la «politique vie nocturne» à l’automne 2023, qui consolidera les intentions de la Ville à cet égard. Montréal devient-elle une ville 24h?

«Après ça, on devrait avoir les grands éléments de réponse sur les conditions nécessaires à mettre en place pour que ce soit un événement pour tout le monde, pas seulement intéressant pour les noctambules, mais aussi acceptable pour le voisinage», poursuit M. Rabouin.  

Payant d’ouvrir après 3h

Selon l’organisme MTL 24/24, qui accompagne la Ville de Montréal dans sa démarche, la vie nocturne peut être un levier de développement économique. 

«En donnant plus de temps [aux noctambules], ça va permettre d’engranger plus de revenus, d’offrir de meilleurs cachets aux artistes et donner plus d’heures au personnel de service et de sécurité», explique le directeur général, Mathieu Grondin.  

Or, il faut rappeler que le manque de main-d’œuvre touche toujours le secteur de la restauration et des bars. C’est d’ailleurs le manque d’employé.e.s qui a mené le Bled Resto Lounge, sur Saint-Denis, à annuler sa participation à la Nocturne du Quartier latin. 

Mais considérant que les boîtes de nuit sont encore pleines à 3h du matin, la prolongation des horaires des bars n’a pas que des avantages financiers, ajoute Mathieu Grondin. 

«En étendant ça plus tard, on enlève la congestion sur les artères à 3h et on donne plus de temps aux gens pour consommer, donc on leur permet de mieux rythmer leur consommation. Quand ils sortent à cette heure-là [après 3h], normalement, ils sont plus fatigués, donc ils ne vont pas flâner dans l’espace public. Et surtout ils vont avoir accès à un réseau de transport en commun qui va reprendre du service», fait valoir Mathieu Grondin.  

Une hypothèse à vérifier 

Si MTL 24/24 estime qu’étendre la vie nocturne à Montréal et possiblement en faire une ville ouverte 24h est un «win-win», l’administration de la Ville de Montréal n’en est pas si certaine. Luc Rabouin considère ce qu’avance l’organisme comme une «hypothèse» à vérifier grâce à la tenue de plusieurs projets pilotes. 

«MTL 24/24 parle essentiellement aux noctambules et aux organisateurs d’événements. Nous, comme élus, on parle aux citoyens et citoyennes qui habitent dans nos quartiers. Il y en a qui trouvent que c’est vraiment super, mais il y en a plein qui nous disent: “ne faites surtout pas ça”», indique celui qui est aussi le maire de l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal. 

Le gérant de bar Simon Lalonde pense aussi qu’il faut y aller étape par étape. «Puisqu’on ne connaît pas l’impact d’un aussi gros changement, le fait de le faire graduellement, je pense que pour nous et l’industrie en général, c’est la meilleure façon d’approcher la chose», dit-il.  

Pour connaître les bars ouverts et les activités proposées pour la Nocturne du Quartier latin, rendez-vous ici.  

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