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La communauté lesbienne lutte pour plus de visibilité

Le RLQ à la manifestation contre les féminicides, 2 avril 2021. Crédits: André Querry
Le RLQ à la manifestation contre les féminicides, 2 avril 2021. Crédits: André Querry Photo:

Le manque de visibilité persiste pour les femmes lesbiennes, bisexuelles, queers ou non-binaires qui s’identifient comme lesbiennes. Avec la campagne #NommerPourExister, la communauté veut redonner de la grandeur au mot «lesbienne» qui, trop souvent, se perd entre une fétichisation du désir et une vision péjorative des mœurs.

Le manque de lieux de rassemblement où peut se retrouver la communauté lesbienne associé à la disparition des bars lesbiens témoigne du manque de visibilité de cette communauté. L’absence totale de lieux lesbiens dans le Village de Montréal en est une preuve.

Placarder le terme «lesbienne»

Pour la directrice générale du Réseau des lesbiennes du Québec (RLQ), Tara Chanady, il y a un poids associé au mot «lesbienne». Ce dernier est trop souvent perçu de manière péjorative, et ce, même au sein des communautés LGBTQ2+. L’objectif de la campagne 2023 Nommer pour exister qu’a menée le RLQ est donc de redonner de la validité à ce terme et de pouvoir mettre en lumière une communauté trop souvent mise de côté.

«De placarder le terme “lesbienne”, c’est de montrer que ce n’est pas un mauvais mot. C’est un terme qui nous permet de nous reconnaître et de valider certains vécus et certaines perspectives, dit-elle. C’est un terme qu’on peut se réapproprier et qui est aussi inclusif, car ce ne sont pas toutes les femmes lesbiennes qui s’identifient comme femmes.»

Affiche de la campagne 2023 du RLQ Nommer pour exister Photo: Gracieuseté, Bête féroce

La campagne de cette année met donc l’accent sur le pouvoir des mots pour faire grandir un «sentiment d’apparaître» et de reconnaissance.

Pour Tara Chanady, ce manque de visibilité a un impact direct sur les enjeux propres à la communauté lesbienne, qui «s’articulent à l’intersection entre le sexisme et de l’oppression envers la diversité du genre et sexuelle». Elle explique qu’avec le manque de lieux de rassemblement, il est difficile de trouver des espaces qui vont croiser les luttes féministes et les luttes touchant la diversité sexuelle et de genre.

Elle constate pourtant une diversification des représentations lesbiennes sur la place publique au cours de la dernière décennie, qui fait suite à une grande visibilité liée aux fantasmes associés à la sexualité lesbienne.

«Il y a vraiment eu un phénomène des médias, comme la télévision et la musique, avec une certaine peopolisation et une fétichisation du désir lesbien. Donc, il y a eu une explosion d’une visibilité d’une femme, lesbienne, blanche, mince qui performait pour le regard masculin», explique Tara Chanady.

Nommer pour exister

La campagne Nommer pour exister du RLQ s’est tenue du 8 mars au 26 avril, Journée internationale de visibilité lesbienne. Les co-porte-paroles de cette édition, Mélodie Noël Rousseau et Geneviève Labelle, sont les heureuses fondatrices du théâtre Pleurer Dans’ Douche, une compagnie de théâtre queer féministe transdisciplinaire qui mélange à la fois le drag, le théâtre documentaire, mais aussi de la performance et de l’art relationnel.

«Moi, j’ai découvert que j’aimais les femmes à 30 ans. Si j’avais eu des modèles quand j’étais plus jeune ou si j’avais été plus exposée à ça, j’ose espérer que j’aurais trouvé mon orientation sexuelle un peu plus tôt, explique Mélodie Noël Rousseau. Si ça peut permettre à des personnes de découvrir ou de démystifier et d’apprivoiser le mot “lesbienne”, je suis plus qu’heureuse.»

Mélodie Noël Rousseau et Geneviève Labelle Photo: Gracieuseté, Katya Konioukhova

Le couple de comédiennes et drag kings est aussi propriétaire du café Reine Garçon, qui se veut un espace inclusif pour la relève artistique. À l’automne dernier, elles ont toutes les deux créé le spectacle Ciseaux, qui raconte l’histoire queer de Montréal d’un point de vue féministe des années 1950 à aujourd’hui, pour rendre hommage à l’histoire lesbienne et aux icônes qui l’ont faite tout en créant des liens entre les générations.

«C’est comme nos superhéros car ce sont des gens qui ont pavé pour qu’on puisse être librement qui on veut être maintenant», explique Geneviève Labelle.

Les deux co-porte-paroles ont aussi créé la soirée Bière et Métal, qui revient tous les deux mois au Cabaret Mado, où leurs alter ego, RV Métal et Rock Bière, donnent plus de visibilité aux femmes et aux drag kings.

«Nos drags kings sont nés de la volonté de voir plus de personnes s’identifiant femme ou de personnages drag king sur les scènes drag», explique Mélodie Noël Rousseau.

Toutes les deux ressentent ce manque de visibilité de leur communauté. Elles ont notamment pu observer celui-ci dans leur pratique de drag king. «Dans notre pratique, ç’a été assez flagrant, l’invisibilisation des drag kings, donc souvent des lesbiennes dans la communauté, explique Geneviève Labelle. Les bars dans le Village sont souvent gérés par des hommes blancs gais cis et les femmes ne sont pas toujours les bienvenues.»

Elles martèlent le besoin d’avoir des espaces consacrés aux lesbiennes pour se protéger de l’hypersexualisation du désir lesbien. «Comme lesbienne, la discrimination qu’on va vivre, par exemple dans des bars hétéros, c’est que je peux pas aller danser et frencher ma blonde, on dirait que c’est tout le temps pour exciter les hommes, explique Geneviève Labelle. Pour moi, c’est une forme d’injustice que je ne puisse pas faire ça librement ou que notre amour ne soit pas pris au sérieux et hypersexualisé.»

Un événement s’est tenu le 22 avril au Bain Mathieu pour souligner la Journée de visibilité lesbienne à Montréal. Des prix de reconnaissance ont été remis à plusieurs personnes de la communauté par le RLQ. Kahsennenhawe Sky-Deer, la première femme et première personne LGBT à être élue grande cheffe du conseil de la communauté Mohawk de Kahnawake, y a notamment reçu le prix Visibilité.

Pourquoi le L de lesbienne est au début du sigle LGBTQ2+ ?

À l’époque, la position de la lettre L dans le sigle LGBTQ2+ avait été réfléchie afin de rendre hommage aux femmes lesbiennes qui s’étaient mobilisées pendant la crise du SIDA en soutien aux personnes touchées par le virus.

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