Montréal

«Aujourd'hui, je trouve que la vie est belle!»

La vie de Sylvia Garand a basculé le 20 juin 1996 lorsqu’un mégot de cigarette abandonné sur le plancher de la salle de bain d’un restaurant s’est collé au bas de son pantalon et l’a transformée en véritable torche humaine.

Brûlée au troisième degré profond sur 91% de son corps, Sylvia n’avait que 2% de chance de survie selon les médecins qui la traitaient. Presque 12 ans plus tard, la femme aujourd’hui âgée de 49 ans mord dans la vie à pleines dents.

«À l’époque, j’avais 37 ans, le vent dans les voiles et des projets plein la tête», a raconté à Métro Sylvia Garand, alors que l’Hôtel-Dieu de Montréal ouvrait exceptionnellement les portes de son unité des grands brûlés aux médias. Le destin a cependant coupé court aux rêves de l’enseignante du primaire qui détient, en plus d’un bac en enseignement, un bac en traduction et interprétation et en linguistique.

«Selon les témoins, j’ai brûlé vive pendant trois minutes, a-t-elle précisé. La plupart des clients qui étaient dans le restaurant et qui m’ont vue m’enflammer en sortant de la salle de bain ont quitté. Il n’y avait qu’une serveuse et un client qui ont essayé de m’aider en me lançant de l’eau, mais ce n’était pas assez. Je me rappelle avoir lancer des cris d’horreur que j’entends encore certains soirs quand je fais des cauchemars.»

Ce sont finalement les pompiers qui ont étouffé les flammes. Pendant tout ce temps, et même pendant son transport à l’hôpital de Shawinigan, où elle résidait, Sylvia est demeurée consciente, allant même jusqu’à donner son numéro de téléphone.

«Les médecins qui m’ont reçue à l’hôpital n’avaient jamais vu quelqu’un aussi brûlé que moi, a-t-elle raconté. Ils ne croyaient pas que je m’en sortirais. Même les médecins de l’hôpital Saint-Sacrement, à Québec, où j’ai été transférée, ne me donnaient que 2% de chance de survie.»

Après avoir été plongée dans un coma provoqué pendant quatre mois et avoir subi une chirurgie chaque deux ou trois jours – 75% de sa peau provient de greffes -, Sylvia reprend conscience et décide d’affronter l’énorme défi qui s’offre à elle. «Les médecins m’ont dit que je ne marcherais jamais, mais j’ai décidé de relever le défi et de réapprendre à marcher.»

Bien que sa mobilité et son endurance ne seront jamais plus ce qu’elles étaient, Sylvia Garand se déplace aujourd’hui avec une canne et a repris une vie pratiquement normale. Les séquelles de ses brûlures lui rappellent cependant chaque jour que la vie ne sera plus jamais vraiment la même. «J’ai toujours des douleurs, a-t-elle souligné. Quand je me lève le matin, mes douleurs sont d’environ cinq ou six sur une échelle de dix. Mais plus la journée avance, plus c’est douloureux.»

Constamment sous médication et souffrante malgré tout, Sylvia Garand ne se laisse pas abattre. «J’avais trois choix après être sortie du coma. Je pouvais vivre dans le ressentiment et en vouloir à la personne qui a laissé son mégot par terre dans la salle de bain. Je pouvais aussi m’apitoyer sur mon sort. Mais j’ai décidé de vivre heureuse. J’ai décidé de me réapproprier ma vie, d’apprivoiser mes cicatrices. Aujourd’hui, je trouve que la vie est belle!»

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