Montréal

Pour la reconnaissance des femmes arabes

Sociologue de for­ma­­tion et Algérienne d’ori­gi­ne, Farida Osmani s’inté­res­se à la diversité culturelle et à l’intégration des fem­mes arabes à la société québécoise. Récemment, elle a remporté un prix lors du Gala des trophées Femmes arabes. Métro s’est entretenu avec celle pour qui Montréal est un fabuleux laboratoire de recherche.

Est-ce que le trophée Femmes arabes, que vous avez gagné, a une signification particulière pour vous?
Oui. Il valorise ma contribution à la société québécoise en tant que citoyen­ne québécoise d’origine arabe. Les femmes arabes sont souvent l’objet de stigmatisation. On ne souligne pas assez souvent leur apport à la société québécoise. On parle plutôt des problèmes que leur venue au Québec pose.

Vous parlez de l’apport des femmes arabes à la société québécoise. Qu’est-ce qui en est vraiment?
On ne voit pas leur apport alors qu’elles font leur part. Dans les métiers hautement qualifiés ou les professions libérales, on ne voit pas les femmes arabes. Elles sont carrément invisibles. Mis à part quelques-unes, comme en politique, Maria Mourani et Fatima Houda-Pépin.

Vous avez déjà écrit que le taux de chômage des femmes arabes était plus élevé que les autres parce qu’elles acceptaient des emplois moins bien rémunérés avec des mauvaises conditions de travail. Qu’en est-il aujourd’hui?
C’est encore le cas aujourd’hui. Plusieurs femmes doivent se recycler dans d’autres domaines, comme dans les garderies. Il y a des blocages, notamment ceux qui émanent des ordres professionnels.

L’exclusion des femmes arabes, a-t-elle un lien avec les événements du 11 septembre 2001?
C’est plutôt structurel. Quand on regarde l’histoire des pratiques discriminatoires au Québec et au Canada, on constate que c’est par vague. Chaque communauté est touchée. Les communautés noires ne sont pas mieux servies que les communautés arabes. C’est une espèce de racisme contre les groupes qui ne font pas partie du groupe dominant. Donc, chacun y goûte.

Des femmes arabes sont exclues. Pourtant, elles ont tout pour réussir…
Trois de leurs qualités ne sont pas souvent signalées. C’est leur niveau d’instruction, leur connaissance des langues étrangères et le fait qu’elles partagent les valeurs dominantes de la société québécoise, qui sont liées à l’égalité entre hommes et femmes. Ces trois caractéristiques font d’elles des citoyennes parfaitement intégrables et toutes les pratiques d’exclusion auxquelles elles font face demeurent inexpliquées.

Avez-vous espoir que la participation citoyenne des femmes arabes soit reconnue?
Je suis très confiante grâce aux groupes qui militent sur le terrain et à toutes les personnes qui sont concernées par la lutte contre la discrimination. Il faut investir tous les espaces de concertation qui parfois nous sont offerts pour pouvoir sensibiliser l’opinion. Ce n’est pas avec un discours d’amertume qu’on peut régler quoi que ce soit.

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