Montréal

Une poursuite de 445 000 $ pour «stopper l'inertie»

La famille de Justin-Scott St-Aubin, mort à 25 ans à la suite de son incarcération au centre de détention de Rivière-des-Prairies en novembre 2007, a intenté une poursuite de 445 000 $ contre le Procureur général du Québec, l’Institut Philippe-Pinel et deux médecins, hier.

La famille du jeune homme demande réparation pour cette mort, jugée évitable. Elle ne comprend pas ce qui a mené à l’incarcération plutôt qu’à l’hospitalisation de Justin-Scott, qui souffrait alors de problèmes psychiatriques et qui est mort d’une arythmie cardiaque alors que huit agents correctionnels tentaient de le maîtriser.

«Justin n’aurait jamais dû être pris en charge par le système judiciaire, a expliqué l’avocat responsable du dossier, Me Jean-Pierre Ménard. Il y a reçu, en quatre jours, des soins tout à fait inadéquats.»

La famille St-Aubin ne s’explique pas pourquoi les recommandations de la coroner Andrée Kronström, qui avait enquêté sur le cas similaire de Brian Bédard, mort en détention en 2000, n’ont pas été suivies.

«La coroner avait conclu qu’aucune personne souffrant de problèmes de santé mentale ne devait se retrouver en milieu carcéral, a rappelé Me Ménard. Pourtant, en novembre 2007, toutes les conditions qui avaient mené au décès de Brian Bédard, en 2000, se sont reproduites.»

Selon Me Ménard, des correctifs doivent être apportés rapidement, sans quoi l’histoire risque de se répéter. «On ne se demande pas si un autre drame va arriver, mais quand», a-t-il déclaré.

Un dossier à l’échelle humaine

Le père de Justin-Scott, Jean-Renauld St-Aubin, s’est défendu de tenter de faire de l’argent avec la mort de son fils.

«Ce n’est pas un cas pour faire de l’argent, a-t-il indiqué. C’est un cas humain. Ça pourrait arriver à n’importe qui si ça a pu arriver à Justin, qui n’avait pas d’histoire, pas d’antécédents judiciaires ni d’antécédents médicaux.»

«Les dommages demandés ne sont pas très généreux, a précisé Me Jean-Pierre Ménard. On ne va pas à la course aux millions. On a décidé de poursuivre parce qu’il s’agit d’une situation intolérable et que personne ne bouge.»

Me Ménard réclame du gouvernement un mécanisme qui ferait en sorte qu’aucun patient souffrant de troubles psychiatriques ne soit admis dans le système judiciaire. Il demande également à ce que soient améliorés les soins offerts aux personnes atteintes de problèmes de santé mentale dans le système judiciaire.

«Il y a un aveuglement volontaire lié au fait de ne pas vouloir améliorer la qualité des soins médicaux dans le système carcéral, a estimé Me Ménard. Il est inacceptable de traiter les gens de cette façon. La privation de soins médicaux n’est pas un châtiment prévu par la loi.»

L’Institut Philippe-Pinel est également montré du doigt pour avoir omis d’admettre en urgence Justin-Scott malgré l’ordre du médecin qui s’était chargé de son évaluation psychiatrique.

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