Montréal

Un square Viger rejeté et qui manque d'attention

Toute la semaine, Métro présente des reportages sur les sites menacés de Montréal. Aujourd’hui : le square Viger. Alors que doit s’amorcer sous peu la construction du nouveau CHUM, le réaménagement du square Viger est au cÅ“ur des préoccupations d’Héritage Montréal.

Situé au dessous de l’autoroute Ville-Marie, en bordure du Vieux-Montréal, le square Viger n’est jamais parvenu à obtenir la faveur du public. Aménagé à partir d’espaces de marché datant des années 1810, le square Viger a dû composer avec le rejet du public, et ce, malgré l’inauguration en 1981 de l’Å“uvre Agora, du sculpteur Charles Daudelin.

Conçu pour établir un espace intéressant dans un lieu dévasté par les travaux du métro et de l’autoroute Ville-Marie, le square devait attirer les foules et, par le fait même, désengorger la place Jacques-Cartier, dans le Vieux-Montréal. Or, il n’en fut rien. «Le carré Viger est inaccessible, peu connecté avec ce qui l’entoure et ceinturé de bretelles menant vers l’autoroute Ville-Marie, résume Dinu Bumbaru, directeur des programmes d’Héritage Montréal, une organisation de protection et de promotion du patrimoine montréalais. Le CHUM pourrait changer les choses. On espère que ce sera pour le mieux.»

Car la venue du nouveau méga-hôpital francophone n’est pas sans susciter quelques craintes. Bien que l’idée de transformer le square en un chantier de construction ait été rejetée par la Ville de Montréal, un flou subsiste autour du choix de l’aménagement du futur édifice. «Si le CHUM décide de mettre des portes de garage face au square, ça ne sera pas intéressant, note M. Bumbaru. Mais si des commerces ou une terrasse sont aménagés, ça pourrait créer de l’animation dans le square et y ramener de la vie.»

Une réflexion est aussi en cours à la Ville de Montréal afin de déterminer quel type de réaménagement pourrait le mieux servir le square Viger. «La Ville est très sensible à cet espace et à l’aménagement de Charles Daudelin qui s’y trouve, indique la directrice du Bureau du patrimoine de Montréal, Céline Topp. Pour le mo-ment, aucune décision n’a été prise quant à l’aménagement et à la restauration du site. Il semble toutefois évident que des travaux pour améliorer l’accessibilité au square devront être réalisés.»

Québec hésite à protéger l’Agora
patrimoine. Le gouvernement du Québec qui, par l’entremise du ministère des Transports, a demandé à Charles Daudelin de concevoir l’aménagement Agora hésite à protéger le site. Une coalition, notamment formée d’Héritage Montréal, du Regroupement des artistes en arts visuels et de Docomomo Québec, une association vouée à la sauvegarde de l’architecte novatrice du XXe siècle dans la pro­vince, a déjà demandé à Québec de classer l’Agora afin d’en assurer la protection. Le gouvernement a refusé.

«Le ministère de la Culture a répondu qu’il ne considérait pas l’Agora comme une pièce importante de l’Å“uvre de Daudelin, explique Dinu Bumbaru. Un des prétextes qu’on nous a fourni, c’est que de toute façon, il existe une maquette de l’Agora au Musée des beaux-arts de Québec. C’est absurde. On a des photos de Notre-Dame de Paris. Est-ce que ça veut dire qu’on peut se débarrasser de cette cathédrale?»

Québec ne semble pas avoir de projet pour l’Agora de Charles Daudelin. Dans un échange de courriel avec Métro, une porte-parole du ministère de la Culture a simplement indiqué que «la Ville de Montréal souhaite préserver les Å“uvres Mastodo et Forces, actuellement sur le site, et prévoit éventuellement les déplacer afin de les conserver et de les mettre en valeur».

Un peu d’histoire

  • Le square Viger a été aménagé à partir d’espaces de marché des années 1810.
  • Dès le XIXe siècle, le square est un lieu où se réfugient les itinérants.
  • Dans les années 1970, le ministère des Transports du Québec propose au sculpteur Charles Daudelin d’aménager le secteur ouest du square.
  • En 1976, l’aménagement de l’Agora de Charles Daudelin débute.
  • L’Agora, entre Berri et Saint-Denis, devait devenir un immense toit vert avec une place centrale encadrée d’eau, de gradins et d’espaces destinés à accueillir cafés et boutiques.
  • Dès son inauguration, en 1981, l’Agora doit composer avec le rejet du public.
  • Le square Viger est aujourd’hui associé à la marginalité et à l’insécurité.
  • Récemment, Québec avait évoqué la possibilité d’utiliser le square Viger afin de stocker la machinerie lourde qui sera nécessaire à la construction du CHUM.
  • Montréal a exclu l’idée de transformer le square en chantier ou de le détruire.

(Source : Héritage Montréal)