Montréal
20:07 14 juillet 2013 | mise à jour le: 30 octobre 2013 à 22:38 temps de lecture: 4 minutes

Bordeaux: l’histoire d’une prison et d’une société

Bordeaux: l’histoire d’une prison et d’une société
Photo: Archives Métro

Fondé le 18 novembre 1912, l’Établissement de détention de Montréal – mieux connu sous le nom de prison Bordeaux – est, avec ses 1 357 places d’hébergement et ses 1 466 détenus, la plus grande prison du Québec. Il a été, au cours des 100 dernières années, le reflet de l’évolution des châtiments pour les criminels et le reflet d’une société en transformation.

Coups de fouet multiples, mains brûlées devant un juge et pendaisons publiques : ces sévices jadis légaux au Québec ont lentement cédé la place à l’emprisonnement et à la réinsertion sociale.

L’Établissement de détention de Montréal, la fameuse prison Bordeaux, a été un témoin et un acteur important de ces changements.

Pour souligner le centenaire de l’institution, deux de ses employés néophytes de l’écriture, Chantal Bouchard et Sébastien Bossé, ont joint leur plume et leurs expériences pour replonger dans l’histoire de cette prison. Cette collaboration a abouti à la naissance d’un livre, Bordeaux – L’histoire d’une prison.

«L’évolution de Bordeaux est pratiquement collée à celle de la société. Dans les années 1950, alors que fleurissait le mouvement syndical et ouvrier, on a senti que les prisonniers devenaient plus revendicateurs. Ils ne voulaient plus être considérés uniquement comme des prisonniers, mais comme des citoyens temporairement en marge de la communauté», explique Mme Bouchard.

Titulaire d’une maîtrise en psychologie, cette mère de deux garçons ressemble probablement à la psychologue d’une école primaire. De sa voix douce qui peine à couvrir le bruit d’une machine espresso, elle raconte sa passion pour la prison à laquelle elle a consacré les 10 dernières années de sa vie.

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Dix ans plus tard, elle explique avec passion le plaisir qu’elle a à entrer dans la tête des détenus et à plonger dans leur passé, ce qui lui offre une perspective privilégiée sur leur histoire et sur ce qui les a menés en prison. Et contrairement à ce qui se produirait si elle travaillait pour une une compagnie «normale», son objectif, à Bordeaux, est de ne plus revoir ses clients.

«La réinsertion est la seule solution, s’emporte-t-elle. Chaque jour, je fais des choses pour favoriser la réinsertion. C’est ça, le cœur de mon travail. Avec le temps et l’avancée des sciences carcérales, la réinsertion profite de meilleures évaluations et de meilleurs outils.»

Elle ajoute, quelques minutes plus tard, que l’histoire a prouvé que les châtiments physiques ou les peines très sévères n’avaient pas les effets dissuasifs escomptés.

Défaire les préjugés
Beaucoup de préjugés par rapport à la prison, souvent véhiculés dans les médias, doivent être combattus, note-t-elle. En ce sens, elle souhaite que le livre qu’elle a écrit avec Sébastien Bossé éclaire certaines zones d’ombre : les prisons, ce ne sont ni des vacances dans un tout-inclus, ni l’école du crime dépeinte par plusieurs, ni l’environnement caricaturalement violent raconté dans certains récits de fiction.

«Mais oui, c’est un milieu difficile, et les détenus sont loin de se la couler douce… On est loin de Bordeaux Beach! explique-t-elle. Nous avons des programmes de développement, et les détenus peuvent terminer leur secondaire. Il y a tellement de choses que ça prend beaucoup, presque trop, de monde pour tout superviser. C’est différent de l’époque où les détenus s’assoyaient et réfléchissaient!»

Ces perspectives la rendent d’ailleurs optimiste pour la suite de l’aventure de Bordeaux, et elle croit que la prison continuera de s’adapter et de mieux servir la population.

Religion omniprésente
Si la vie carcérale reflète la société, une différence majeure subsiste : la religion. Dans la prison, la pratique religieuse est en ébullition, ce qui contraste avec les églises qui se vident ailleurs.

«L’aumônier est très occupé, lance Chantal Bouchard. Il est un collaborateur important de l’équipe d’agents des services correctionnels. Il est une partie intégrante de l’équipe.»

Imam, chaman ou rabbin visitent au besoin des détenus, mais il est commun que des détenus d’autres confessions assistent aux offices catholiques. Selon Mme Bouchard, la détention est un moment peu glorieux, qui offre l’occasion de réfléchir, laissant une grande place à la spiritualité.

Bordeaux livreBordeaux – L’histoire d’une prison
Éditions au Carré
Présentement en librairie

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