Les programmes d'échange de seringues font diminuer le taux d'infection au VIH
Les programmes d’échange de seringues offerts aux utilisateurs de drogues injectables (UDI) ont eu pour effet depuis dix ans de diminuer quatre fois plus rapidement le taux de transmission du VIH dans cette population à risque.
C’est l’une des conclusions tirées d’une étude menée par le centre de recherche associé au Centre hospitalier de l’Université de Montréal. De 1992 à 2008, l’équipe de chercheurs, dirigée par le Dr Julie Bruneau, a suivi un groupe 2000 toxicomanes. Elle a constaté au fil des ans que les comportements à risque ont chuté de moitié. «Mais ça demeure une population vulnérable, a dit le Dr Bruneau. Il y a des facteurs dans leur vie (type de drogue consommée, l’intensité des pratiques de consommation, les conditions de logement instable, etc) qui font en sorte que ce n’est pas toujours évident pour eux de se protéger.»
À chaque année, la Direction de la santé publique (DSP) de Montréal distribue plus ou moins un million de seringues aux toxicomanes. Depuis deux ans, elle a constaté que les UDI ont moins recours au réseau de distribution de seringues implanté dans des pharmacies, des organismes communautaires et des CLSC. «On ne peut pas associer la diminution des seringues distribuées à une diminution du nombre d’UDI, a indiqué le directeur de la DSP à Montréal, le Dr Richard Lessard. On pense plutôt que nos seringues sont moins utilisées.»
La DSP étudie les solutions pour faciliter l’accès à des seringues propres et étendre son réseau de distribution. Un projet de site d’injection supervisée est sur la table. Il devrait se concrétiser d’ici la fin de l’année sinon l’année prochaine. L’installation de machines distributrices de seringues pourrait aussi faire partie de la solution. «On essaie de voir si on ne peut pas implanter quelques machines dans le cadre d’un projet pilote, a expliqué le Dr Lessard. Mais on voit qu’il y a des craintes qui sont soulevées par la population alors il faut être transparent et leur donner l’information. Ça va prendre quelques mois avant que les machines distributrices arrivent.»
C’est un amalgame de mesures, parfois considérées comme «contre-intuitives», qui permettra d’aider les UDI à prendre soin d’eux-mêmes à réduire les coûts sociaux que leur consommation entraîne, selon la Dre Bruneau.