Des étudiants manifestent à Montréal contre les hausses des droits de scolarité
MONTRÉAL – Quelques milliers d’étudiants ont manifesté contre les hausses des
droits de scolarité, jeudi après-midi pendant plusieurs heures au
centre-ville de Montréal.
La manifestation, qui a pris fin devant les bureaux montréalais du
premier ministre Jean Charest, a toutefois été marquée par des incidents
et des arrestations.
Les policiers ont rapporté, en début de soirée, jeudi, avoir fait cinq
arrestations lors d’incidents qui ont eu lieu près du siège social
d’Hydro-Québec et lorsqu’un groupe de manifestants s’est détaché du lot,
à la toute fin de la manifestation, pour investir le siège social de
Loto-Québec, rue Sherbrooke ouest, non loin du bureau du premier
ministre.
La manifestation s’était généralement déroulée dans la bonne humeur,
sous les slogans, la musique et les allocutions. « Charest à l’échafaud »,
« les étudiants suffoquent », « hausse des coûts, baisse des étudiants »,
pouvait-on lire sur les pancartes.
Les manifestants s’étaient rassemblés dès 12h30 au Square Victoria avant
de marcher pendant trois heures jusqu’au bureau du premier ministre.
Ils étaient sous haute surveillance policière, à cheval, en bicyclette, à
pied, en hélicoptère et l’escouade tactique d’intervention a elle aussi
dû intervenir au siège social de Loto-Québec.
Vers 16h, un petit groupe de manifestants s’est détaché du lot pour
investir le siège social de Loto-Québec. Alors que des policiers ont été
appelés sur place, d’autres manifestants se sont joints aux premiers,
tentant à leur tour d’entrer en donnant des coups de pied dans les
portes vitrées et tentant de forcer les portes que bloquaient les
policiers. Ceux-ci ont dû vaporiser un gaz irritant pour éloigner les
manifestants.
Puis l’escouade tactique est arrivée pour faire reculer les
manifestants, qui étaient alors environ 20, bloquant toute la rue
Sherbrooke.
Des manifestants ont fait exploser des pétards, provoquant la panique,
alors que l’escouade tactique avançait en frappant avec les matraques
dans les boucliers. D’autres bloquaient le passage de voitures avec des
bacs de recyclage, des poubelles, des cônes de construction ou ce qu’ils
trouvaient sur leur passage.
Peu à peu, finalement, les derniers manifestants se sont dispersés vers 17h.
La manifestation était organisée par l’ASSÉ, l’Association pour une
solidarité syndicale étudiante. Des associations étudiantes plutôt
affiliées à la Fédération étudiante collégiale et à la Fédération
étudiante universitaire se sont également jointes à la manifestation.
« La manifestation d’aujourd’hui est avant tout la mise au jeu d’un match
à finir entre le mouvement étudiant et le gouvernement libéral de Jean
Charest », a prévenu en entrevue Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de
l’ASSÉ.
Dans son budget du 17 mars, le ministre des Finances, Raymond Bachand, a
annoncé des hausses des droits de scolarité de 325 $ par an, à compter
de l’année scolaire 2012-2013 jusqu’en 2016-2017.
Ces droits atteindront donc ultimement 3793 $ en 2016-2017, comparativement à 2168 $ en 2011-2012.
En plus de manifester, certains étudiants ont débrayé, jeudi, en signe
de protestation. D’autres ont eu recours à différents moyens de
pression.
Le président de la Fédération étudiante collégiale, Léo Bureau-Blouin,
assistait à la manifestation de l’autre organisation étudiante. « On est
ici pour montrer que le mouvement étudiant est solidaire. Les étudiants
avaient promis un hiver chaud. Ça démontre que tout le monde est uni
derrière cette hausse-là. On veut envoyer le message au gouvernement
Charest que la hausse des frais de scolarité, elle ne passera pas », a
averti en entrevue M. Bureau-Blouin.
Des représentants de la Fédération nationale des enseignants de la CSN,
FNEEQ-CSN, participaient également à la manifestation aux côtés des
étudiants.
Les associations étudiantes estiment que ces hausses vont nuire à
l’accessibilité aux études supérieures pour les étudiants provenant des
classes moyenne et démunie.
De son côté, l’écrivain Victor-Lévy Beaulieu a donné son appui aux étudiants du Québec, dans un communiqué transmis aux médias.
Selon lui, les étudiants ont raison de se plaindre de l’augmentation de
leurs frais de scolarité. Il estime que 500 $ par année pour les
prochains cinq ans, c’est une aberration.
« Quelles familles de la classe moyenne et quelles familles vivant sous
le seuil de la pauvreté seront désormais en mesure de permettre à leurs
enfants de terminer des études de plus en plus spécialisées, donc de
plus en plus longues? »
Il a affirmé que même si le ministère de l’Éducation promettait que les
prêts-bourses seraient augmentés en proportion des nouveaux droits
scolaires, il ne s’agissait que de la poudre aux yeux. « Une majorité
d’étudiants sortiront de l’université si endettés qu’il leur faudra
mettre des années à rembourser le gouvernement, avec les conséquences
qu’on devine déjà: des difficultés financières qui risquent de mettre en
péril l’établissement de notre jeunesse, l’envie de fonder foyer et
famille, au détriment de la solidarité sociale. »