Les milieux naturels montréalais en voie de disparition
Alors que l’île de Montréal risque de perdre un nouveau boisé, gracieuseté des élus de Beaconsfield, environnementalistes, politiciens et agriculteurs se réunissent mardi matin à l’UQAM dans le cadre d’un forum dédié à la Trame verte et bleue du Grand Montréal. État des lieux en trois questions.
Qu’est-ce que ce projet de Trame?
«Depuis les années 1960, la région de Montréal a perdu environ les deux tiers de ses milieux humides, la moitié de ses forêts et le tiers de ses terres agricoles», note Coralie Deny, porte-parole du Mouvement ceinture verte (MCV). «Si on continue sur le même modèle pour les 50 prochaines années, les milieux naturels auront à toutes fins pratiques disparus. Il ne resterait peut-être que les 5% actuellement protégés, un scénario dramatique qui ne doit pas se réaliser», ajoute-t-elle. Les Nations unies estiment qu’un territoire doit conserver 30% de couvert forestier pour protéger la biodiversité. Pour y parvenir, les 82 municipalités de la métropole se sont entendues pour faire passer le pourcentage d’aires protégées de 4% à 17% d’ici 2020. En s’assurant que les boisés privés restent en état et que les terres agricoles ne tombent pas aux mains des spéculateurs et des promoteurs immobiliers, la métropole espère pourvoir atteindre ses objectifs. Les grandes zones boisées seraient reliées entre elles par la création de corridors verts créant une sorte de trame verte et bleue, en y jumelant les cours d’eau dont les bords seraient végétalisés.
Quels sont les défis à relever?
Si toutes les municipalités ont adhéré à l’idée d’une Trame verte, elles rechignent souvent quand elles sont directement concernées. Ainsi, Beaconsfield veut permettre de construire dans l’immense boisé Angel que veut pourtant protéger la Ville de Montréal. La municipalité de Vaudreuil-Soulanges souhaite bâtir un hôpital dans une forêt, Mirabel voulait une gare de train de banlieue en plein milieu de terres agricoles et le gouvernement a autorisé le développement immobilier de l’île au Foin à Carignan, au sud de Montréal. «Ces maires invoquent de mauvaise foi la nécessité du développement pour obtenir de nouvelles sources de taxation, en oubliant que les milieux naturels jouent un rôle considérable en matière de pollinisation, de lutte aux ilots de chaleur, de captation du Co2, de maintient de la biodiversité et de rétention des eaux de ruissèlement durant de fortes pluie», indique Guy Garand, directeur du Conseil régional de l’environnement de Laval. Il revendique un moratoire gouvernemental sur les nouveaux projets qui viendraient empiéter sur des milieux naturels à haute valeur écologique.
Quel sera le contenu du Forum?
«Lors du Forum, on présentera ce qu’on souhaiterait que la Trame devienne et comment y arriver», résume Coralie Deny. Des agriculteurs de Chateauguay et Sainte-Anne-des-Plaines viendront partager leurs belles réussites et présenter les embûches ministérielles qu’ils ont dû surmonter. On essaiera de comprendre comment Longueuil a déjà atteint le score de 17% d’aires protégées alors que Laval plafonne à 1,1%. Les organisateurs présenteront aussi une carte dynamique représentant la perte du couvert boisé à travers les années. L’exemple de ceinture verte torontoise sera aussi à examiné en détails, précise Mme Deny.
Pour plus d’infos:
L’étude publiée par la Fondation David Suzuki