Montréal
15:11 10 janvier 2014

Attention : plantes au travail

Attention : plantes au travail

De plus en plus, les plantes vivantes sont utilisées pour épurer l’eau et l’air, contrôler l’érosion, restaurer des sites dégradés, réduire les émissions de gaz carbonique, la chaleur, la vélocité du vent, etc. Cette approche alternative, connue sous le nom de phytotechnologie, connaît un essor important partout dans le monde.

TournesolDes plantes chercheuses d’or
Certaines espèces végétales comme le tournesol ou la moutarde ont la capacité naturelle d’accumuler des métaux lourds dans leur tissu. Si on les fait pousser sur des sites contaminés, ces plantes contribuent à débarrasser le sol d’éléments polluants potentiellement toxi­ques. Il devient alors beaucoup plus facile et économique de disposer des résidus végétaux contaminés que d’utiliser les méthodes chimiques ou physiques traditionnelles pour dépolluer le sol. On peut même récupérer certains métaux lourds dans les cendres des plantes qu’on brûle. Ainsi, la «moutarde de l’Inde» (Brassica juncea) s’est montrée particulièrement efficace pour «exploiter» le sol et en soutirer l’or qu’il reste dans des résidus miniers, difficile à extraire par les méthodes standards. Sans l’ombre d’un doute une plante qui vaut son pesant d’or…

IFLa tête dans les étoiles… les pieds sur un toit vert
Comme alternative au toit conventionnel, un toit vert contribue à diminuer les effets des îlots de chaleur, réduit la quantité d’eau de pluie acheminée vers les égouts et contribue au maintien d’une biodiversité urbaine. Cette technologie n’est pas nouvelle (les toits verts existent chez les Scandinaves depuis des centaines d’années), mais elle connaît une popularité mondiale grandissante, et le Québec ne fait pas exception. La meilleure façon de se familiariser avec les toits verts est de visiter celui qui coiffe le nouveau Planétarium Rio Tinto Alcan d’Espace pour la vie. Ce toit végétal, divisé en deux parties distinctes, remplit d’abord son rôle écologique, mais offre aussi un environnement attrayant et éducatif aux visiteurs.

Mur antibruit credit Michel LabrecqueLe mur du silence
Les murs végétaux sont variés. Il y a les couverts de plantes grimpantes appliqués aux murs des bâtiments qui agissent comme isolant thermique et les haies brise-vent, qui protègent les cultures contre les vents froids et les rafales de neige sur les autoroutes. Les automobilistes qui enjambent la rivière des Prairies en traversant le pont Pie IX peuvent admirer des murs végétaux antibruit, formés de structures de bois remplies de terre et entièrement recouvertes de saules. Cette barrière esthétique, écologique et «antigraffiti» protège les résidants du vacarme autoroutier. Une belle innovation québécoise du conservateur et responsable de la recherche et du développement scientifique au Jardin botanique de Montréal,  Michel Labrecque.

Un marais pour «dépolluer» l’eau
Au lieu d’utiliser la méthode conventionnelle (et coûteuse !) pour traiter l’eau usée, pourquoi ne pas plutôt profiter de la remarquable faculté épuratrice des plantes de milieux humides? C’est en s’inspirant de ce phénomène naturel qu’ont été développés les marais filtrants artificiels. Cette technologie consiste à faire cheminer une eau usée à travers un bassin dans lequel on aura établi une dense population de plantes de milieu humide, comme la quenouille ou le roseau. À la sortie du marais, l’eau est propre et peut être rejetée dans l’environnement. Aussi simple que ça. Nul besoin d’électricité ni de produits chimiques. Ailleurs dans le monde, et notamment en France, le traitement de l’eau usée par marais filtrants est bien établi, mais au Québec, cette approche tarde à être adoptée. Nous avons tout de même un des plus vieux marais filtrants (et un des plus efficaces!) au Canada à l’île Sainte-Hélène, depuis près de 20 ans. Accessible au public, ce marais traite les eaux usées de la Biosphère, et plusieurs panneaux d’interprétation installés à proximité expliquent son fonctionnement.

Jacques Brisson
Institut de recherche en biologie végétale | espacepourlavie.ca