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«Le personnel médical haïtien travaille dans des conditions très difficiles»

Dr Dickens Saint-Vil, le chef de la division de la chirurgie pédiatrique du CHU Sainte-Justine Photo: Yves Provencher/Métro

Six mois après le terrible tremblement de terre survenu en janvier 2010 en Haïti, le personnel du CHU Sainte-Justine s’est mobilisé pour venir en aide à leurs collègues haïtiens dans la commune de Jacmel. Des médecins et des infirmières montréalais les ont aidés à réorganiser les soins de santé puisque les besoins étaient criants. Métro fait le point sur leurs interventions avec le chef de la division de la chirurgie pédiatrique du CHU Sainte-Justine, le Dr Dickens Saint-Vil, qui s’est rendu à de nombreuses reprises dans la Perle des Antilles.

Quelle était la situation à Jacmel avant le séisme?
À Jacmel, il y a l’hôpital de Saint-Michel. J’ai eu l’occasion de le visiter avant le séisme. C’est un hôpital ne qui fonctionnait qu’à 40% de ses capacités. À cause de l’absence d’équipement et de médicaments, la population était incertaine de la qualité des soins. Souvent, les gens préféraient quitter Jacmel et conduire dans la montagne jusqu’à Port-au-Prince pour se faire soigner.

Après le séisme, la situation s’est détériorée. Quand on a commencé à travailler, on a sondé la population locale pour connaître leur opinion sur l’hôpital de Saint-Michel. Et on doit dire que leur opinion n’était pas très élevée. Nous nous sommes donnés comme mission de les contacter de nouveau dans deux ou trois ans. Notre rôle, c’est d’améliorer la qualité des soins, mais on veut que cette réponse vienne de la population elle-même.

Dans quel état est l’hôpital de Jacmel à l’heure actuelle?
Les pavillons au centre de l’hôpital ont été endommagés par le tremblement de terre. Les soins sont donnés à l’heure actuelle dans les quatre ou cinq pavillons qui se trouvent à l’extérieur. De nouveaux édifices sont construits en ce moment au centre de l’hôpital. Les soins sont donnés pendant les travaux. Le premier bâtiment de la Croix-Rouge canadienne doit être terminé en juillet 2015. Présentement, on aide le personnel haïtien à donner des soins de santé pendant qu’il y a des constructions majeures qui se font à deux mètres de lui. C’est un défi important. Quand il y a des constructions, il y a des risques importants d’infections. Nous avons un peu d’expertise puisqu’au CHU Sainte-Justine, il y a la construction d’une nouvelle bâtisse.

Comment travaillez-vous avec le personnel haïtien?
Nous sommes présents pour accompagner le personnel haïtien à donner des soins de santé. Nous faisons beaucoup de missions pour les aider à établir des protocoles de soins. Nous en avons fait une sur la prévention des infections. Une collègue est allée à l’hôpital de Saint-Michel pendant deux semaines. Elle a visité différents départements et elle a proposé des mécanismes pour améliorer la propreté de l’hôpital et assurer que tous les équipements soient stériles. Tous ces protocoles sont mis en place en ce moment et on pense qu’ils diminueront les infections dans l’établissement.

Souvent, le personnel médical haïtien travaille dans des conditions très difficiles. Il y a neuf mois, si une personne se présentait à l’hôpital de Saint-Michel avec des maux au thorax, le médecin l’aurait examinée en disant que c’était peut-être une attaque cardiaque et lui aurai donné de la nitroglycérine. Pourquoi? Parce qu’il n’avait pas un appareil d’électrocardiogramme. Quand nous avons vu cela, on s’est dit qu’on ne peut pas traiter les gens adéquatement de cette façon. On a fait des démarches auprès des autres centres de santé et on a trouvé un appareil d’électrocardiogramme fonctionnel. Il se trouve aujourd’hui aux urgences de l’hôpital de Saint-Michel. Nous avons formé les gens pour l’utiliser et on leur a donné les équipements nécessaires. Maintenant, si une personne arrive à l’hôpital Saint-Michel avec des douleurs thoraciques, elle pourra obtenir un électrocardiogramme pour savoir si elle a des problèmes cardiaques. Ce sont de petites choses comme cela qui améliorent la qualité des soins et qui permettent au personnel haïtien d’être plus efficace.

Les projets du CHU Saint-Justine à Jacmel touchent beaucoup les soins donnés aux mères et aux jeunes enfants. Y avait-il un besoin particulier?
Le besoin était immense. Le taux de mortalité infantile est parmi les plus élevés à travers le monde. Le taux de mortalité maternelle lors de l’accouchement était très élevé. On s’est attaqué à ces problèmes d’emblée en faisant des formations et en établissant des protocoles sur les soins donnés aux mères et aux enfants. Nous nous sommes aperçus que, depuis le début de nos interventions, on a amélioré la survie des enfants prématurés de 10 à 15%. Juste avec des petits gestes. Avant, quand un enfant naissait en Haïti, on le mettait dans un lit et la mère n’avait pas le droit de le toucher. Maintenant, la mère peut le prendre sur son corps et le réchauffer. Cela fait un changement majeur dans la survie de ces enfants. Ce sont deschoses comme cela qu’on leur propose dans les départements de pédiatrie, de néonatalogie et dans les salles d’accouchement.

Avez-vous d’autres projets à Jacmel?
Une fois que la construction de l’hôpital Saint-Michel sera terminée, nous voulons continuer à maintenir cette qualité des soins avec le personnel haïtien, avec les bons équipements et avec l’accès aux médicaments. Pour moi, le travail ne fait que commencer. Quand les nouveaux édifices seront construits, je crois que j’aurai un plus grand challenge. Mon but ultime est que si un touriste canadien se rend dans la région de Jacmel, qu’il puisse se rendre à l’hôpital de Saint-Michel en cas de besoin, en sachant que des médecins canadiens y sont impliqués.

L’hôpital de Saint-Michel a la capacité de devenir un centre d’accompagnement avec le CHU Saint-Justine. Certains de mes collègues peuvent s’y rendre pour aider les collègues haïtiens. Et des collègues haïtiens peuvent venir à Montréal pour voir comment on fait certaines choses. Il pourrait aussi avoir des échanges de résidents. Des étudiants en médecine de Montréal pourraient aller faire un stage d’un mois dans un hôpital de Saint-Michel pour pouvoir travailler dans un pays en voie de développement. Ils pourraient y apprendre beaucoup de choses. Personnellement, quand je vais en Haïti pour travailler, j’en ressors grandi et mieux outillé pour faire face à différents problèmes.

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