Débat vers une alliance entre commerçants et propriétaires
Pour limiter le nombre de locaux commerciaux vacants, les regroupements de commerçants de Montréal étudient actuellement la possibilité d’accueillir de nouveaux membres cotisants parmi eux: les propriétaires immobiliers des locaux commerciaux.
Le sujet sera à l’ordre du jour de la prochaine rencontre des 17 membres de l’Association des Sociétés de développement commercial de Montréal le 28 janvier prochain. S’ils en viennent à une entente, le dossier pourrait être soumis à Québec afin de modifier la loi en ce sens.
Actuellement, seuls les commerçants opérant sur les territoires des Sociétés de développement commercial (SDC) de Montréal paient une cotisation à ces regroupements. L’idée débattue permettrait aux propriétaires des immeubles commerciaux, dans lesquels se trouvent les entreprises, de devenir également membres des SDC.
Pour illustrer la situation, prenons l’exemple d’un propriétaire d’une boutique qui loue un local dans un immeuble de la rue Saint-Laurent. Ce dernier paie une cotisation à la SDC de son secteur. Par contre, actuellement, le propriétaire de l’immeuble qu’il occupe ne paie pas une telle cotisation. Les discussions en cours pourraient ainsi faire changer la situation.
«On ne peut pas envisager un développement économique ou commercial d’un secteur sans y inclure les propriétaires.» –Glenn Castanheira, directeur général de la Société de développement du boulevard Saint-Laurent (SDBSL)
Il s’agit également d’une pratique qui se voit dans plusieurs autres pays, notamment aux États-Unis.
Pour les SDC, cette stratégie leur accorderait d’abord un revenu plus stable. Avec un taux d’inoccupation des bâtiments commerciaux qui frôle les 30% dans certains secteurs, un local vide représente une source de revenus de moins et des incertitudes constantes pour les SDC, s’inquiètent certains.
«Présentement, plus la situation économique est difficile, donc plus le taux d’inoccupation est élevé, plus le fardeau des cotisations est aussi élevé sur les commerçants qui cotisent», a assuré à Métro Glenn Castanheira, qui fera part de cette proposition à son CA mercredi.
Avec ces changements, les propriétaires des immeubles commerciaux devraient plutôt assurer le paiement de la cotisation des locaux vacants, avance M. Castanheira, ce qui ventilerait mieux le partage des cotisations à travers les membres.
Certains estiment donc que cette situation créerait une pression positive sur les propriétaires pour les inciter à trouver de nouvelles entreprises locataires pour occuper leurs locaux vacants, et assurer ainsi une meilleure vitalité du secteur.
«Si le local est vide, [les propriétaires] vont payer non seulement des taxes municipales, mais aussi une cotisation pour une SDC. Ça devrait les inciter en général à se trouver un locataire», a confié à Métro Charles-Olivier Mercier, directeur général de la Société de développement de l’Avenue du Mont-Royal (SDAMR).
«Les décisions qu’on prend ont un impact direct sur les investissements des propriétaires. C’est tellement logique finalement [cette fusion]» –Charles-Olivier Mercier, directeur général de la Société de développement de l’Avenue du Mont-Royal (SDAMR)
Comme les propriétaires commerciaux n’ont actuellement aucune association vers qui demander conseil, l’adhésion à un regroupement du genre pourrait aussi leur offrir un réseau d’entraide.
«Je crois que certains propriétaires sont très isolés, ils ne comprennent pas le marché et ce qu’il faut faire pour le boulevard Saint-Laurent à long terme, confie Ali Farasat, un propriétaire d’immeubles commerciaux depuis plus de 10 ans en faveur de cette mesure. L’implication de tout le monde, je crois que ça va aider [la situation]», ajoute celui qui estime que les propriétaires devraient miser sur des boutiques et restaurants uniques comme locataires pour assurer l’attrait de leur secteur.
M. Castanheira souhaite profiter de la vision qu’ont certains propriétaires de l’avenir de tout leur secteur. «S’il y a bien quelqu’un qui sort gagnant de la redynamisation d’un secteur, c’est le propriétaire, avec son immeuble qui prend de la valeur», avoue-t-il. «Ce serait donc naturel qu’ils fassent partie de l’équation», ajoute M. Mercier.
Mais le débat ne fait que commencer et les dirigeants savent qu’il pourrait faire des mécontents.
«Ce n’est pas tous les propriétaires qui sont ouverts à [s’impliquer en tant que membre d’une SDC] averti Mike Parente, président de l’Association des Sociétés de développement commercial de Montréal. Certains sont bien intégrés dans leur milieu, mais quand on parle d’un investisseur de l’extérieur, il s’en fou un peu de ce qu’il se passe dans son secteur.»
M. Parente souhaite d’abord discuter avec ses membres avant de détailler le projet.
Ces derniers doivent se questionner notamment sur la proportion que prendra la cotisation entre les propriétaires et les locataires et la représentativité de chacun.
Plusieurs méthodes sont sur la table: est-ce que seuls les propriétaires assumeront les cotisations et certaines refileront la facture à leurs locataires? Le partage se fera-t-il à parts égales ou selon un certain pourcentage?
«Si les cotisations aux propriétaires sont les mêmes que celles des commerçants, les propriétaires ne seront pas d’accord, et moi non plus», prévient M. Farasat.
Mais Glenn Castanheira assure qu’il ne se laissera pas abattre devant l’opposition. «Ça peut être désavantageux pour les petits commerçants, si c’est mal bâti, oui. Il faut assurer un équilibre», rassure M. Castanheira qui tient à bien étudier le dossier avant de le présenter.
«Je crois que la plupart des propriétaires vont dire qu’ils ne sont pas prêts, avoue M. Farasat. Mais c’est là que les SDC devront avoir un peu d’imagination et trouver une stratégie pour les convaincre».