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Un chef d'orchestre écologique

Avez-vous déjà géré un chantier de construction? Moi, oui. Un tout petit. Il s’agissait d’une salle de bain. Déjà, de choisir les tuiles, les acheter et s’assurer qu’elles soient livrées à temps a été pour moi, épuisant. Faire de même pour le bain, le cabinet d’aisance, le lavabo, les armoires, la peinture, les miroirs, les luminaires, la douche, le drain (et oui, il y a maintenant des choix de drains!). Pour plusieurs, rénover est une épreuve de couple du même niveau que celle d’avoir un enfant!

Imaginez maintenant que votre travail est de gérer le chantier, non pas d’une petite salle de bain résidentielle, mais de l’un des bâtiments les plus complexes au pays. Un bâtiment qui a dix salles de bains publiques, un immense restaurant, une garderie de 75 places, 40 000 pieds carrés de bureaux, un toit vert, un système de géothermie, un mur végétal et j’en passe. En plus, vous devez atteindre le plus haut niveau de certification écologique, soit le LEED Platine.

C’est le métier de l’équipe de Pomerleau, l’entrepreneur qui réalise la Maison du développement durable.

Oublié le cliché du gars de la construction avec de gros bras, des tatouages, qui sacre et crie des ordres à tue-tête. Nadine Léonard, la directrice du chantier pour Pomerleau est plutôt bardée de diplômes, articulée, sophistiquée et, même avec sa voix toute douce, d’une efficacité redoutable! Il faut l’entendre parler de l’impact qu’aura la problématique des changements climatiques sur le secteur de la construction, en citant les études de scientifiques de partout sur la planète pour comprendre que Nadine est non seulement une directrice de chantier chevronnée, mais aussi une grande environnementaliste.

La durée de la construction de la Maison du développement durable aura été de 18 mois. Plus de 200 personnes oeuvrant pour des douzaines d’entreprises auront travaillées sur le chantier. Chacun apportant son expertise très précise: l’arpenteur-géomètre, l’excavation, le forage de puits de géothermie, la plomberie, le béton, l’électricité, l’isolation, l’étanchéité… jusqu’à la peinture et même l’artiste qui termine l’oeuvre qui sera intégrée au bâtiment (mais je ne vous dis pas où encore!).

Nadine et son équipe agissent comme le chef d’orchestre ou le chorégraphe… ou, à bien y penser, un mélange des deux. Ils s’assurent que tous ces ouvriers et artisans se coordonnent, arrivent sur le chantier au bon moment et le quittent juste à temps pour que le prochain prenne sa place; comme des danseurs qui se succèdent sur les planches. Ils sont aussi les gardiens de la séquence, premièrement le menuisier, ensuite la plâtier, suivi du peintre; avec un solo de l’électricien au milieu de la mélodie!

Évidemment, construire un bâtiment n’est pas aussi fluide qu’une pièce de danse contemporaine ou qu’une symphonie de Beethoven. Les outils brisent, les matériaux sont livrés en retard, la météo ne collabore pas toujours. Et donc, Pomereleau est aussi pompier. Chaque jour, il y a des feux à éteindre: la rue est fermée pour un festival et les camions ne peuvent plus circuler, un matériau crucial a été commandé en retard par un sous-traitant et n’arrivera pas au chantier à temps, le client décide de changer un mur de place à mi-chemin dans l’échéancier et il faut recommencer tout un étage! La liste est très longue. Mais l’échéancier ne change pas. On doit livrer le bâtiment.

Depuis quelques années, le milieu de la construction a bien mauvaise presse et malheureusement on a l’impression qu’il n’y a rien de bon dans ce secteur. Il est vrai que certains ont adopté au fil des ans des pratiques qui ne sont plus compatibles avec les exigences démocratiques et de transparence de notre société contemporaine. Ceci doit changer.

Cela étant dit, les artisans de ce milieu font des merveilles. C’est un secteur qui est non seulement essentiel au développement économique mais, de façon beaucoup plus importante pour moi, cruciale à la construction des villes et villages écologiques et durables du futur. Une grande partie du défi de notre génération sera de rénover, de reconstruire ou de construire les maisons, les bâtiments, les systèmes de transports, les centrales énergétiques et les parcs éoliens qui seront l’infrastructure de notre société dans 25 ans.

Désormais, les entrepreneurs devront être non seulement, des chefs d’orchestres, des chorégraphes et des pompiers, ils devront aussi être écologistes. En construisant l’un des bâtiment les plus écologiques au pays, Pomerleau nous fais la preuve que cela est possible.

Je leur lève mon chapeau.

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