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Nouveau pont sur le Saint-Laurent: Montréal veut garder le contrôle de ses infrastructures

Photo: Archives TC Media

La Ville de Montréal s’inquiète des impacts de l’expropriation de terrains lui appartenant dans le cadre de la construction du nouveau pont sur le Saint-Laurent. On craint de perdre le contrôle de certaines infrastructures, telles que des canaux d’aqueduc, des égouts et des pistes cyclables.

Maître Sébastien Caron a présenté, au nom de la ville, un document d’opposition aux avis d’intention d’expropriation par le gouvernement fédéral.

«Je tiens à spécifier que Montréal ne s’oppose pas au nouveau pont et aux travaux qui l’entourent, a souligné Me Caron. Nous sommes toutefois préoccupés, notamment parce que d’importantes conduites d’aqueduc et d’égouts se trouvent en tréfonds des propriétés visées par les avis d’intention d’exproprier.»

Plus de 70 lots sont visés par les deux avis d’intention d’exproprier reçus par la Ville de Montréal le 7 mars 2015, majoritairement situés sur les territoires de Verdun et du Sud-Ouest. Le gouvernement fédéral, en devenant propriétaire de ces lots, aurait dorénavant sous sa juridiction le réseau routier et souterrain situé sur les terrains visés. Suite à la réception de ces avis, la ville avait 30 jours pour manifester son opposition.

Réseau souterrain
Or, Me Caron a indiqué que Montréal souhaitait demeurer propriétaire des conduites d’aqueduc et des bornes fontaines contenues dans au moins 18 lots parmi ceux menacés.

«La municipalité est la meilleure entité, celle qui a les meilleures connaissances et l’expertise appropriée, pour entretenir ses infrastructures. Nous devons trouver des solutions qui assurent que les Montréalais ne soient pas pénalisés par les expropriations,» a-t-il mentionné.

Par exemple, l’un des lots visés par l’expropriation comporte la bretelle d’accès menant au pont située tout près de l’usine Atwater, située sur le territoire de Verdun. Cette usine possède la plus grande capacité de production d’eau potable au Québec. Six canalisations d’aqueduc servent à distribuer 41% de toute l’eau potable consommée par les Montréalais.

Me Caron a exprimé plusieurs inquiétudes à cet égard. «Les travaux d’élargissement de la bretelle devront être faits sans affecter le processus de distribution d’eau. Si le fédéral devient propriétaire, est-ce qu’il procédera à des échantillonnages hebdomadaires comme il est prévu dans le règlement?»

L’avocat a également mentionné les coûts exorbitants et l’impressionnante logistique que représenterait un scénario de relocalisation de certaines conduites, si le gouvernement fédéral confirmait son intention d’exproprier.

Des préoccupations similaires existent au niveau des lots situés au-dessus du collecteur Saint-Pierre, une infrastructure indispensable pour le drainage d’une partie importante de l’île de Montréal. Le collecteur Saint-Pierre est doté de l’un des plus grands bassins hydrographiques de l’Amérique du Nord. Le bassin couvre près de 5 400 hectares et touche sept arrondissements de Montréal.

«Si la Ville ne peut demeurer propriétaire de ces lots, elle doit à tout le moins obtenir des servitudes perpétuelles afin de lui permettre de demeurer propriétaire des biens en tréfonds, a ajouté Me Caron. Montréal doit y avoir accès en tout temps pour des modifications, réparations, interventions et mises à niveau.»

Réseaux routiers et cyclables
Dans les lots expropriés, on retrouve également plusieurs aménagements urbains sous juridiction municipale, tels que les rues, les pistes cyclables, les feux de circulation et les panneaux de signalisation.

«Il y a plusieurs maux de tête à prévoir pour les travaux en surface, a soulevé Me Caron. La Ville pourrait perdre d’importants accès routiers.»

Par exemple, l’acquisition des trois portions du réseau routiers situées au-dessus de l’autoroute 15 et reliant les arrondissements de Verdun et du Sud-Ouest , soit les axes routiers connus comme étant une partie des rues Wellington, LaSalle et Atwater aurait comme conséquence des «pertubations majeures dans les déplacements des citoyens et des services municipaux, incluant les problèmes d’accès des services d’urgence.»

Il a donc demandé au ministre des Travaux publics du Canada de considérer des mesures de déviation de la circulation et de contournement des infrastructures routières montréalaises.

Maître Yves Papineau, hôte de la consultation publique et conseiller-auditeur pour le gouvernement fédéral, a dit comprendre que le gouvernement municipal souhaite continuer d’opérer sa ville. «Je doute que le gouvernement fédéral veuille gérer les égouts. Il y a moyen de trouver des solutions pour que le gouvernement soit propriétaire des lots et que vous conserviez le contrôle.»

Jusqu’à présent, plusieurs rencontres ont déjà eu lieu entre les juristes du gouvernement et de la ville. Tous sont très optimistes de parvenir à une entente.

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