Montréal

Danser pour oublier l’anorexie

Danser pour oublier l’anorexie
Photo by: Montage : Steve Côté/MétroDancing girls silhouettes

Claudia, 16 ans, et Zoé, 15 ans, (noms fictifs) ont été hospitalisées deux fois au cours de la dernière année en raison de leurs troubles alimentaires. Pendant les semaines passées au CHU Sainte-Justine, entre les repas supervisés, les cours scolaires et la psychothérapie, elles ont aussi dansé.

Depuis un an, le CHU Sainte-Justine a ajouté une activité thérapeutique pour ses jeunes atteints de troubles alimentaires : la danse-thérapie. L’expérience étant largement positive, le programme lié aux troubles alimentaires vient tout juste de recevoir du financement pour la répéter une deuxième année.

«Ça libérait l’esprit, se souvient Zoé, dont l’hospitalisation est maintenant terminée. Ça faisait un nettoyage, et après nos pensées étaient plus claires.»

Amener les jeunes à penser à autre chose qu’à leur maladie, c’est l’un des avantages thérapeutiques les plus importants de la danse-thérapie, selon le responsable de l’intégration du projet, le psychologue Louis Picard. «Elles arrivent dans un état assez perturbé. En 48 heures, elles passent par l’urgence, elles se font dire qu’elles ont un problème et qu’elles doivent se faire hospitaliser pendant plusieurs semaines, raconte M. Picard. Les troubles alimentaires prennent alors toute la place. La danse-thérapie leur permet de chasser les idées obsédantes qui tournent en boucle.»

Les séances sont dirigées par Andrea Infantini de Almeida, une danse-thérapeute associée au Centre national de danse-thérapie des Grands Ballets Canadiens. Elles se donnent en groupes de six au plus, sur de la musique choisie par les participants. Par divers exercices, la danse-thérapie tente de favoriser le bien-être des jeunes en leur permettant d’exprimer physiquement leurs émotions.

«En créant des mouvements, on est comme délivré.» –Claudia, jeune fille atteinte d’un trouble alimentaire

Quelles émotions vivent ces jeunes? «La frustration, affirme Claudia, tandis que Zoé acquiesce. La frustration d’être à l’hôpital, c’est la principale émotion qu’on a tout le temps.»

Cette frustration peut être exprimée par des mouvements secs et secoués, tout comme par des gestes plus las. La danse-thérapeute analyse les mouvements qu’elle voit et choisit les exercices à faire en conséquence, dans le but de faire évoluer les patients.

«Ça permet de nous défouler sans avoir à parler.» –Zoé, jeune fille atteinte d’un trouble alimentaire

«Chaque semaine, c’était différent. Les mouvements et la structure des séances changeaient. Des fois, on utilisait des accessoires; des fois, on travaillait en équipe; des fois, on improvisait des mouvements individuels», décrit Claudia, qui suit maintenant des cours de danse contemporaine.

Les deux filles ont la ferme impression que cette activité les a aidées, même si elles ne savent pas exactement comment. «Ça fait un lien avec notre corps, et c’est ça qu’on recherche quand on a un trouble alimentaire, d’être en harmonie avec notre corps», émet Claudia.

Mme de Almeida a observé de son côté que les mouvements de certaines participantes évoluent, passant de restreints et près du corps à plus libres et ouverts. Plusieurs améliorent également leur confiance en soi, leur spontanéité et leur capacité à tisser des liens avec les autres.

Comme cette discipline en est à ses balbutiements au Québec, une recherche est effectuée parallèlement, en collaboration avec le Centre national de danse-thérapie, pour en évaluer scientifiquement les effets sur les patients.

Plusieurs projets
Ce projet-pilote est financé par la Fondation Sainte-Justine, en collaboration avec le Centre national de danse-thérapie.

Ouvert il y a trois ans, ce centre est le seul au Québec à être dédié à la formation de danse-thérapeutes et à mener plusieurs projets auprès des jeunes, notamment dans les centres jeunesse et avec des groupes d’enfants autistes.

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