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20:30 2 avril 2017 | mise à jour le: 3 avril 2017 à 06:47 Temps de lecture: 4 minutes

Rémunération: Bombardier recule

Rémunération: Bombardier recule
Photo: Graham Hughes / La Presse Canadienne

MONTRÉAL — Le grand patron de Bombardier, Alain Bellemare, reconnait que l’entreprise a fait une «mauvaise job» à la suite de la controverse provoquée par la rémunération de ses hauts dirigeants, mais croit néanmoins que le lien de confiance avec les Québécois n’a pas été brisé.

En raison de la tempête médiatique déclenchée la semaine dernière, la multinationale québécoise a décidé dimanche de reporter jusqu’en 2020 plus de la moitié de la rémunération des six plus hauts membres de sa haute direction pour l’année 2016.

«Nous avons sous-estimé la réaction de la population et mal expliqué la rémunération, a affirmé M. Bellemare, au cours d’une entrevue téléphonique avec La Presse canadienne, dimanche soir. Je pense que les gens ont compris, ou que nous avons laissé sous-entendre, que nous allions toucher ces montants immédiatement.»

Initialement, les sommes visées devaient être versées à compter de 2019. Bombardier a décidé de repousser le versement d’un an de ces paiements, en les rendant conditionnels à l’atteinte des objectifs du plan de redressement de M. Bellemare, dont la réalisation est prévue pour 2020.

Plusieurs ont fait part de leur indignation en raison du montant global – qui tient compte des primes, de la rémunération en actions et de la valeur du régime de retraite – de 32,6 millions $ US, en hausse de 50 pour cent sur un an, octroyé aux six plus hauts dirigeants. Ce montant était jugé indécent, alors que Québec a injecté 1,3 milliard $ dans la CSeries et que le gouvernement Trudeau vient de consentir un prêt de 372,5 millions $.

D’ici la fin de 2018, Bombardier devrait en plus avoir éliminé quelque 14 500 postes à travers le monde.

Vendredi, le président exécutif du conseil, Pierre Beaudoin, avait renoncé à son augmentation pour 2016. Cela n’avait toutefois pas été suffisant pour calmer la grogne, puisque quelque 200 personnes ont manifesté dimanche pour dénoncer les augmentations de salaire chez Bombardier.

«Je ne pense pas que notre relation (avec les Québécois) va être entachée parce que nous corrigeons le tir, a affirmé M. Bellemare. Je pense que c’est ce que les gens veulent voir. Lorsque c’est nécessaire, on fait les ajustements nécessaires.»

Initialement, M. Bellemare devait recevoir un salaire global de 9,5 millions $ US, en hausse de 48 pour cent. Il touchera plutôt 4,2 millions $ US. Celui-ci ne croit pas que la direction de la société devait renoncer aux augmentations pour 2016, comme l’exigeaient entre autres les partis d’opposition. Le dirigeant de Bombardier a fait valoir que le secteur aéronautique était concurrentiel et qu’il fallait s’assurer de retenir les meilleurs dirigeants.

Les sommes du plan incitatif à long terme ne seront octroyées que si les patrons de Bombardier atteignent les cibles fixées dans le cadre du plan de redressement. Les détails seront fournis dans une nouvelle circulaire de sollicitation qui sera déposée cette semaine auprès des autorités réglementaires.

D’ici 2020, la société veut atteindre le seuil de rentabilité de la production des avions CSeries, souhaite générer 1,75 milliard $ US en bénéfice avant impôts tout en augmentant ses revenus à 25 milliards $ US. En 2006, Bombardier a affiché une perte nette de 981 millions $ US tandis que le chiffre d’affaires a reculé à 16,34 milliards $ US.

Couillard «satisfait»

Par l’entremise de son compte Twitter, le premier ministre Philipe Couillard a dit, en soirée, avoir transmis ses préoccupations «et celles des Québécois» au grand patron de la multinationale. Dans un autre message, il s’est dit «satisfait de la décision annoncée par Bombardier», ajoutant que l’entreprise «offre des milliers d’emplois de qualité».

Pour sa part, le directeur général de l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques (IGOPP), Michel Nadeau, qui s’était montré très critique à l’endroit de Bombardier, a évoqué un «dénouement heureux» pour une crise qui a été très mal gérée.

«Le capital de sympathie de l’entreprise a fondu parce que les gens ont été choqués par le manque de sensibilité de la direction, a-t-il dit. Il aura fallu des pressions politiques et publiques pour obtenir un changement.»

La réaction a été bien différente du côté du Parti québécois, où le porte-parole en matière d’économie, Alain Therrien, a souligné que la haute direction de l’entreprise devait déjà recevoir une partie de sa rémunération au cours des prochaines années.

De son côté, Amir Khadir, député de Québec solidaire, se dit toujours outré.

Selon lui, il faut annuler purement et simplement la hausse de rémunération des membres de la haute direction et non «l’étaler dans le temps.»

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