La revanche du popcorn
«Des films de “mangeux” de popcorn.» C’est pas moi qui le dis, c’est Vincent Guzzo, propriétaire de la chaîne de salles de cinéma du même nom. En d’autres termes plus polis, M. Guzzo désignait ainsi les amateurs de blockbusters ou, si vous préférez une formule plus française, mais nettement moins efficace, de films méga-commerciaux. Pas d’insulte ici, pas pour moi en tout cas, j’adore le popcorn et les blockbusters.
En autant que l’un et l’autre soient comestibles…
Cela étant dit, je pense qu’on ne sortira jamais de ce faux débat qui met systématiquement en opposition la culture avec un grand Q et la culture populaire. Qui nous obligeait jadis à choisir entre le Canal 2 et le Canal «Disse», entre le Rideau-Vert de Mme Brind’Amour et le Théâtre des Variétés à Latulippe, entre les clubs de bridge et les soirées de bingo.
Pendant longtemps, le mépris partait de ceux qui avaient une fâcheuse tendance à péter plus haut que le trou. Maintenant, est-ce par simple vengeance, on a l’impression d’être face au phénomène inverse. Sachez que l’un n’est pas meilleur que l’autre.
À force d’opposer ces deux réalités culturelles, on a fini par perdre un temps fou à essayer de comprendre ce que nous étions. On peut être à la fois popcorn et caviar. Écouter Star Académie et aller voir Bernard Adamus aux Coups de cœur francophones. Triper sur le champagne et boire quand même du 7-Up. Parce que nous sommes faits de tout et capables de nuances. Ce qui semble bien compliqué à comprendre pour certains qui croient avoir tout saisi.
Il faut refuser de suivre aveuglément l’avis de ceux qui veulent nous faire mépriser le contraire de ce qu’ils essaient de nous vendre. La prochaine fois que j’irai au cinéma, ça sera peut-être pour voir un film d’auteur ou peut-être pour me taper Rambo 43. Je n’en ai encore aucune idée, ça dépend de comment je vais filer ce jour-là. Ce que je sais déjà, par contre, c’est qu’il n’y a encore personne qui a acquis le droit de nous dire ce qu’on a besoin de voir ou non. Et je redoute le jour où un diffuseur décidera à ma place de me montrer seulement ce qu’il jugera correct pour ma petite personne.
Au nom de tous les «mangeurs de popcorn», j’exige qu’on me laisse un accès total et sans condition à l’œuvre de TOUS nos artisans de la culture. Sans aucune exception. Je vais me battre jusqu’au bout pour que tous nos créateurs, même ceux qui ne m’intéressent pas particulièrement, aient une chance égale de se faire entendre et de se faire voir. Ensuite, si j’aime ou non ce qu’ils font, ça reviendra à moi et à moi seul d’en décider.
Pour le reste, je vais m’arranger avec ce que je suis.
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Vu : la pièce Christine, la reine-garçon, présentée jusqu’au 8 décembre au TNM. D’abord, il y a le superbe texte de Michel-Marc Bouchard. Ensuite, la brillante mise en scène de Serge Denoncourt et, finalement, une superbe distribution sur laquelle trône la majestueuse Céline Bonnier. Un événement théâtral majeur.
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En acceptant le trophée de la finale de dimanche au Stade olympique, le propriétaire des Argonauts de Toronto a prononcé plus de mots en français que Saku Koivu pendant son long séjour de 14 ans à Montréal.
Voilà, c’est tout…
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Pendant que nous y sommes, il y en a qui ne sont pas certains de la qualité du français du nouveau maire Applebaum. Si tous les Montréalais parlaient aussi bien une langue seconde, nous aurions de quoi être fiers…
Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.