Compostage domestique ou cueillette de bacs bruns?
Les municipalités qui doivent cesser d’enfouir leurs matières organiques d’ici 2020 hésitent entre le compostage domestique ou industriel. Métro a tenté de peser le pour et le contre de ces deux façons de traiter les matières organiques avec la conférencière d’Équiterre, Louise Hénault-Éthier, qui est aussi étudiante au doctorat en science de l’environnement.
Compostage domestique
Pour
Pour une municipalité, encourager les gens à composter à la maison comporte un avantage : cela ne coûte rien. La Ville peut également inciter les citoyens à le faire par le biais d’une subvention applicable à l’achat d’un composteur. Aussi, aucune émission de gaz n’est effectuée lors du transport des matières jusqu’au composteur, puisque celui-ci est généralement situé dans la cour adjacente à la maison. Il est possible de continuer à composter ses matières organiques pendant l’hiver, mais le processus est plus lent.
Contre
Les propriétaires d’un condo ou les locataires d’un logement peuvent difficilement faire du compost à la maison en raison du manque d’espace. Des coopératives d’habitation, notamment dans Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, ont toutefois contourné ce problème en faisant l’acquisition d’un composteur de moyenne échelle qui sert à tous les résidants. Il est toutefois impossible de traiter toutes les matières, ce qui représente un désavantage majeur. «On peut mettre dans le composteur seulement des produits végétaux, explique Louise Hénault-Éthier. On ne peut pas y mettre de matières qui ont été potentiellement contaminées, comme des mouchoirs, de la viande ou même de la litière à chat.»
Compostage industriel
Pour
Les matières recyclables dans un bac, les restes de table dans un autre et les déchets résiduels dans la poubelle. Dans des municipalités comme Côte-Saint-Luc ou Dorval, la cueillette des matières organiques a l’avantage d’être simple «On met cela dans le bac approprié et on n’a plus à s’en soucier», résume Louise Hénault-Éthier. Aussi, puisque le processus de compostage est davantage contrôlé, il est possible de traiter des matières contaminées ou contenant des pathogènes. «Dans la pratique industrielle, on s’assure que le compost chauffe bien, qu’il est bien homogène et qu’il est bien manipulé, rapporte Louise Hénault-Éthier. On fait des tests en laboratoire pour s’assurer que le compost est sain avant de l’utiliser.»
Contre
Pour faire la cueillette de matières organiques à l’aide de bacs bruns, il faut que des camions sillonnent toutes les artères des municipalités, ce qui produit des émissions de gaz à effet de serre. Qui plus est, la gestion d’une usine de compostage n’est pas de tout repos, ajoute Louise Hénault-Éthier. «Quand on est dans un gros site, on a des gros problèmes technologiques à résoudre, mentionne-t-elle. Il faut mettre un biofiltre pour minimiser les odeurs. Il faut aussi un système d’épuration des eaux usées pour éviter de contaminer les nappes phréatiques. Ces mesures coûtent très cher. Si on ne le fait pas, il y a des désagréments pour les citoyens riverains.»
La solution
Pour Louise Hénault-Éthier, la solution passe par un équilibre. D’un côté, les citoyens qui peuvent composter à la maison le font, et de l’autre, les municipalités instaurent des cueillettes de bacs bruns pour aller chercher les matières contaminées ou plus difficilement décomposables. «Les villes seront toujours incitées à financer des composteurs domestiques ou des ateliers de sensibilisation pour les citoyens parce que c’est plus économique et plus respectueux de l’environnement», affirme Mme Hénault-Éthier.
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La solution passe aussi par les usines de biométhanisation. Plusieurs d’entre elles doivent être construites dans la région métropolitaine, dont deux à Montréal. L’avantage : ces usines ne dégagent aucune odeur et elles produisent des biogaz pouvant être réutilisés. Toutefois, ces usines coûtent très cher à faire fonctionner et elles requièrent une main d’œuvre spécialisée.