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Via Rail confirme octroyer son contrat de 989M$ à Siemens

Via Rail confirme octroyer son contrat de 989M$ à Siemens
Photo: Adrian Wyld/La Presse canadienne

MONTRÉAL — Après avoir coiffé Bombardier en décrochant un contrat de 989M$ auprès de Via Rail, l’allemande Siemens pourrait obtenir jusqu’à un demi-milliard de la part de la société d’État dans les prochaines années.

En confirmant la commande de 32 nouveaux trains bidirectionnels, mercredi, à l’occasion d’une conférence de presse, le président et chef de la direction de Via Rail, Yves Desjardins-Siciliano, a indiqué que l’entente comprenait des options pour 16 rames.

Cela représenterait un montant de 494,5M$, soit la moitié du contrat octroyé au géant allemand.

«Surtout dans le cas où le gouvernement fédéral donnerait l’aval à notre projet de train à grande fréquence, qui ajouterait des fréquences entre Québec, Trois-Rivières, Montréal, Ottawa, Peterborough et Toronto», a dit M. Siciliano.

Le dirigeant de Via Rail a justifié cette option en raison des «besoins grandissants» éventuels de la société d’État dans le cadre de la modernisation du corridor ferroviaire entre Québec et Windsor.

Celui-ci s’attend à ce qu’Ottawa, qui étudie toujours le projet de train à grande fréquence visant à relier des villes avec un réseau ferroviaire uniquement consacré au transport des voyageurs, fasse part de sa décision en 2019.

En Californie
Dans le cadre du contrat pour la construction de 32 trains, qui ne contient aucune exigence minimale de contenu local, Siemens accomplira le travail à Sacramento, en Californie, où se trouve son siège social nord-américain.

L’entrée en service des nouveaux trains — devant permettre à Via Rail de maintenir sa capacité actuelle de 9100 sièges — devrait se faire en 2022 et les livraisons s’échelonneront jusqu’en 2024. Un contrat de 15 ans, 355,5M$, pour des services techniques et la fourniture de pièces, s’ajoute à l’entente.

Ce choix de la société d’État, qui avait été éventé au cours des dernières semaines, avait suscité la grogne au Québec alors que Bombardier tente de garnir le carnet de commandes de son usine de La Pocatière.

En conférence de presse, M. Siciliano a repris les arguments précédemment évoqués par le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, pour justifier l’absence d’exigences de contenu local en répétant que les traités de libre-échange signés par le Canada avec l’Union européenne et les États-Unis ne permettaient pas à Via Rail de favoriser Bombardier dans l’octroi de ses contrats.

À son avis, la société d’État ne pouvait tenir compte de l’évaluation des retombées économiques dans son évaluation lors de l’appel d’offres.

«Les opinions de nos experts étaient que Via Rail est nommée dans ces ententes (de libre-échange) et il lui est interdit d’exiger du contenu canadien, dit M. Siciliano. Nous nous sommes conformés aux règles.»

Il a expliqué que Siemens avait surpassé de manière «significative» ses rivales Bombardier et Talgo au chapitre des trois principaux critères d’évaluation: la capacité de livrer à temps, la qualité et le prix.

Siemens a ouvert la porte à offrir jusqu’à 20% de la valeur des contrats annoncés mercredi à des sous-traitants, qui devront toutefois répondre à des appels d’offres. Il n’y a aucune garantie que des entreprises canadiennes seront sélectionnées.

Néanmoins, Michael Cahill, le responsable des activités matériel roulant de la multinationale en Amérique du Nord, a indiqué que des bureaux d’approvisionnement seraient ouverts par l’entreprise au Québec et en Ontario.

«Le seuil de 20% est notre prévision sur ce qu’il est possible de faire, a-t-il expliqué. C’est dans notre intérêt d’inclure du contenu local dans nos produits puisque dans ce cas-ci, il s’agit d’un partenariat de 15 ans.»

Déceptions
Bombardier n’a pas tardé à exprimer sa déception en soulignant, par voie de communiqué, qu’il était «inconcevable» qu’un contrat pour un train qui passera dans «deux capitales nationales» n’ait pas généré un maximum de retombées locales.

L’entreprise, qui souhaitait maximiser les possibilités à ses sites de La Pocatière et de Saint-Bruno, affirme que Via Rail a refusé à deux reprises de considérer une proposition révisée.

«Cette offre avait reçu l’appui du gouvernement du Québec, contenait des retombées économiques locales accrues et prévoyait l’utilisation de technologies vertes, a fait valoir Bombardier. Nous prendrons le temps nécessaire pour analyser le processus de Via Rail et ses décisions, et évaluer nos options.»

Malgré l’octroi récent d’une nouvelle commande de voitures Azur destinées au métro de Montréal, le couperet va néanmoins tomber à La Pocatière, où une centaine d’employés ont commencé à être mis à pied. D’ici la fin février, l’usine devrait compter environ 500 salariés.

À Québec, le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a expliqué que son gouvernement devra s’attarder à «mieux comprendre» les règles internes du gouvernement fédéral qui peuvent être influencées.

«J’ai aussi communiqué avec le président de Via Rail et je le rencontre à la fin janvier au début du mois de février pour voir comment on peut envisager l’avenir, a-t-il dit. Il faut être proactif, il faut que l’on puisse assurer la pérennité de La Pocatière.»

En dépit de cette défaite en territoire canadien, Bombardier a réalisé une grande victoire aux États-Unis en décrochant une commande de 669M$US auprès du réseau de transport du New Jersey Transit (NJT).

Différentes options pourraient faire passer la valeur du contrat à près de 3,6G$US. Il s’agirait d’une des plus importantes ententes décrochées par Bombardier Transport en Amérique du Nord.

En raison des clauses de type Buy America exigeant un seuil minimal de contenu local, c’est l’usine américaine de l’entreprise située à Plattsburgh, dans l’État de New York, qui devrait surtout profiter de cette commande, plutôt que le site de La Pocatière.

Entreprise dans cette dépêche: (TSX:BBD.B)