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2018: l’année où le cannabis est devenu légal

Nathan Denette / La Presse Canadienne Photo: Nathan Denette / La Presse Canadienne

MONTRÉAL — 2018 restera gravée dans l’esprit de plusieurs comme l’année où le cannabis récréatif est devenu légal au Canada. Les mois précédant la date charnière du 17 octobre ont été marqués par plusieurs débats de société, de mises en garde de santé et d’inquiétudes de toutes sortes. Malgré cela, les magasins de cannabis ont ouvert leurs portes, et de très nombreux consommateurs ont fait la file dans l’enthousiasme. Résumé de ce qui a changé au Québec depuis — ou pas.

L’âge

Il faut avoir 19 ans pour consommer du cannabis au Canada, sauf en Alberta et au Québec, où les jeunes de 18 ans peuvent fumer en toute liberté. Mais cela pourrait changer pour les Québécois: l’un des premiers projets de loi déposés par le gouvernement nouvellement élu de François Legault vise à faire passer l’âge à … 21 ans. Si le projet est adopté, le Québec sera la seule province où le cannabis sera interdit par tous les 19-20 ans.

Pénurie vite arrivée

Au Québec, les consommateurs d’âge légal ne peuvent se procurer du cannabis que dans les magasins de la Société québécoise du cannabis (SQDC) ou sur sa plate-forme en ligne. Les premiers jours d’octobre, l’engouement était tel que des files extrêmement longues entouraient les trois magasins de la région de Montréal. Lors de sa première journée d’activité, la SQDC a enregistré 42 500 transactions, soit le total de clients en ligne et en magasin. Au bout d’une semaine d’activités, la SQDC avait dénombré 138 150 transactions.

Le hic? Les tablettes ont été rapidement vidées, ce qui a forcé la SQDC à limiter ses jours d’ouverture dans ses 12 succursales du jeudi au dimanche seulement. En ligne, à la mi-décembre, il ne restait qu’une dizaine de produits qui pouvaient être commandés.

Les responsables de la SQDC n’étaient pas surpris. Avant même l’ouverture des portes de la première boutique en sol québécois, ils avaient prévenu que cela risquait d’arriver. D’ailleurs, il manquait déjà des produits au Jour 1. Mais ils rappelaient alors que toutes les provinces étaient dans le même bateau: le nombre de producteurs autorisés par Santé Canada est limité, la demande est forte, et il faut attendre que les plantes poussent!

Avant la légalisation, la SQDC croyait être en mesure d’aller chercher au moins 30 pour cent du marché noir au cours de sa première année d’existence. Mais la pénurie ralentit probablement cet objectif. Les vendeurs de cannabis illégal sont toujours actifs.

Où peut-on fumer?

Cela varie selon les provinces et…. les municipalités.

Au Québec, la loi provinciale prévoit que l’usage du cannabis sera interdit aux mêmes endroits que le tabac. Il sera donc permis de fumer dans la rue, mais pas dans les commerces, bars et restaurants, pas plus que sur les terrains des cégeps et des universités.

Cela pourrait changer: le projet de loi numéro 2 du gouvernement Legault vise à interdire la substance dans tous les lieux publics, incluant les parcs et les terrains de jeux.

De plus, de nombreuses municipalités du Québec ont déjà adopté des règlements municipaux plus restrictifs, pour que le cannabis soit interdit aux mêmes endroits que l’alcool, soit dans tous les lieux publics extérieurs.

Bref, les citoyens devront alors bien se renseigner: quand ils se promèneront d’une municipalité à l’autre, les règles pourront être différentes. Ils pourront consommer du cannabis sur les trottoirs d’une ville, mais pas dans la voisine.

Et au volant?

C’est non.

Le Québec a introduit une nouvelle mesure de «tolérance zéro» avec sa loi pour encadrer le cannabis. Les automobilistes ne devront avoir aucune trace de cannabis dans leur organisme lorsqu’ils prendront le volant. Si c’est le cas, leur permis de conduire sera suspendu sur-le-champ, pour 90 jours. Les dispositions de la Loi portant sur la «tolérance zéro» n’entreront en vigueur que lorsque des dispositifs adéquats seront disponibles pour détecter le cannabis dans la salive.

De plus, les conducteurs risquent une condamnation criminelle dans deux situations.

La première, s’il a les facultés affaiblies. À ce titre, rien n’a réellement changé. Il était déjà illégal avant le 17 octobre de conduire avec les facultés affaiblies par la drogue. Donc pour les policiers, leurs interventions se poursuivent comme avant.

La seconde situation est lorsqu’un conducteur excède les concentrations maximales de drogue permises en vertu du Code criminel. Avec un taux de 2 ng/mL de tétrahydrocannabinol (THC) dans le sang, conduire constitue une contravention passible d’amende, tandis qu’à partir de 5 ng/mL, il s’agira d’une infraction proprement criminelle.

Mais il est difficile pour le simple consommateur de savoir le temps qu’il faut pour éliminer suffisamment de THC pour repasser sous la limite.

Les forces policières québécoises ne sont pas encore équipées des appareils de détection de THC dans la salive, bien qu’un appareil ait été approuvé par le fédéral.

L’achat et le prix

Dans les SQDC, le gramme de cannabis sera vendu à partir de 5,25 $, taxes incluses — si le produit de votre choix y est encore disponible.

Les produits alimentaires — brownies, biscuits, bonbons — contenant du cannabis n’y sont pas en vente pour l’instant. Le gouvernement fédéral prévoit adopter des règlements pour baliser les autres produits de cannabis, incluant les produits alimentaires et les concentrés. Ils pourraient être en vente à l’automne 2019.

Culture dans son salon

Il est interdit de cultiver son propre cannabis à la maison au Québec, même si le gouvernement fédéral donne la possibilité de faire pousser jusqu’à quatre plants par résidence.

Par contre, la police ne prendra pas de son temps à examiner les terrains et les appartements des Québécois. Mais s’ils reçoivent des informations à ce sujet, ils pourront enquêter.

La loi et l’ordre

Les corps policiers continuent leurs opérations pour démanteler les opérations illégales de culture de cannabis à des fins de trafic. Hugo Fournier, porte-parole de SQ, indique que la force policière n’a pas observé d’augmentation ni de baisse depuis le 17 octobre, ajoutant que ces opérations à grande échelle sont leur priorité.

De son côté, le Service de police de la ville de Montréal (SPVM) vient de créer une nouvelle escouade baptisée BRAVES (pour barrages routiers, alcool au volant et évaluation de stupéfiants), composée de 12 policiers sur la route et d’un lieutenant. Sa mission est de mettre en place des barrages routiers pour repérer ceux qui conduisent après avoir consommé. Le SPVM a aussi depuis cet automne deux équipes «Accès Cannabis», un total de 28 personnes se concentrant sur le trafic de stupéfiants, surtout autour d’endroits spécifiques comme les écoles.

Ni le SPVM ni la SQ n’ont encore de statistiques pour comparer le nombre d’interventions pour du cannabis illégal entre l’avant et l’après 17 octobre. Mais Jonathan Martel du SPVM souligne que les policiers sur le terrain n’ont pas vraiment observé de changement relativement aux appels qu’ils reçoivent.

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