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Violences sexuelles: Il faut «rétablir la confiance» entre la justice et les victimes, plaident quatre élues

Violences sexuelles: Il faut «rétablir la confiance» entre la justice et les victimes, plaident quatre élues
Photo by: Karine Dufour/Radio-Canada

Il faut rétablir le lien de confiance entre le système de justice et les victimes de violence conjugale et sexuelle, ont plaidé dimanche soir quatre députées provinciales à l’émission Tout le monde en parle (TLMEP).

À l’initiative de la ministre de la Justice, Sonia Lebel, la péquiste Véronique Hivon, la libérale Hélène David et la solidaire Christine Labrie se sont rencontrées la semaine dernière afin de discuter des avenues possibles pour améliorer l’accompagnement des victimes de violences sexuelles notamment. Elles disent vouloir rebâtir la confiance des victimes «fortement ébranlée» envers le tribunal dans les dernières années, dans la foulée du mouvement #MeToo.

Véronique Hivon est revenue sur son idée de créer un tribunal spécialisé en violence conjugale et sexuelle, un «puissant moyen» selon elle pour rebâtir cette confiance. «On n’est pas en train de vouloir bafouer les droits fondamentaux ou la présomption d’innocence. L’idée c’est de montrer que le système s’adapte, de miser sur des gens formés et spécialisés, bref de faire une différence sur l’ensemble du processus», a-t-elle fait valoir.

Aux yeux de Mme Hivon, l’exemple de l’Afrique du Sud est probant. «Là-bas, le premier contact se fait dans un centre de santé publique, et non dans un poste de police, a-t-elle expliqué. Les victimes s’y font accompagner correctement, et ne se sentent pas prises comme un élément de preuve, mais comme une partie prenante considérée.»

«Notre plus grande responsabilité, c’est de rebâtir la confiance […] On doit faire en sorte que le système s’adapte enfin à une réalité très complexe et intime qu’est celle des violences conjugales, et non l’inverse», a martelé la députée de Joliette. «Ce sont toujours les victimes qui se fondent au système aucunement adapté», a-t-elle ajouté.

Pour Sonia Lebel, il faut voir qu’une victime de violences a «beaucoup à perdre» dans le système actuel. «Tout son réseau social peut être mis à mal, elle peut perdre des collègues, des membres de la famille peuvent être choqués ou impactés. Il faut que le schème d’analyse de ces dossiers-là change, c’est certain», a expliqué la députée de Champlain.

Même son de cloche pour l’ancienne ministre de la Condition féminine et députée de Marguerite-Bourgeoys, Hélène David, qui dit vouloir offrir une vraie forme de soutien aux victimes. «Est-ce qu’on va les laisser [les victimes] se rouler en boule dans leur salon et ne rien faire? Non. Même si elles ne se rendent pas au système de justice, il faut quand même leur emmener le support», a-t-elle plaidé. Mme David a de nouveau milité pour l’implantation de «guichets uniques» pour traiter les demandes des victimes.

Nouvellement élue dans Sherbrooke avec Québec solidaire, Christine Labrie veut quant à elle miser sur le besoin d’être écouté. «Avoir cet espace-là pour s’exprimer, raconter son vécu en toute confiance, c’est essentiel, a-t-elle expliqué.

«Les délais dans le système judicaire sont un important problème, idem pour les délais trop longs afin d’avoir accès à des services psychologiques. Quand une victime est prête à se confier, il faut avoir quelqu’un pour l’écouter.» – Christine Labrie

Questionnée sur les délais jugés trop longs par plusieurs qu’a pris le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) dans le dossier de Gilbert Rozon, la ministre Lebel a reconnu que la situation était «problématique«. «Il faut travailler sur la notion d’accès à la justice, a-t-elle dit. La justice a été malheureusement le parent-pauvre, elle a manqué d’amour, donc il faut revoir tout ça, il faut opérer une transformation de la justice.»

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