National

Malgré sa démission, Nicola Di Iorio est encore aux Communes

Malgré sa démission, Nicola Di Iorio est encore aux Communes
Photo: Denis Germain

OTTAWA — Le député libéral fédéral Nicola Di Iorio a finalement quitté ses fonctions.

Mais avant de partir, il s’est offert un dernier tour de piste.

Lui qui devait finalement démissionner le 22 janvier s’est présenté à la Chambre, mardi matin, pour répondre aux reproches formulés contre lui par un député de l’opposition.

Le néo-démocrate Nathan Cullen réclamait que le député montréalais explique pourquoi il continuait à encaisser son salaire après avoir dit qu’il en ferait don à une oeuvre de charité quelconque.

M. Di Iorio a donc reculé d’une semaine de plus sa date de départ pour se présenter aux Communes et évoquer une question de privilège. Dans un long discours mardi matin dans la nouvelle Chambre, le député a exposé des arguments de sémantique pour répondre aux reproches du député Cullen.

«J’ai dit « je n’empoche pas de salaire », lequel se traduit par « do not pocket ». Une simple vérification lui aurait permis de voir que le terme a le sens de « s’approprier »», a-t-il offert dans un exposé qui a duré 15 bonnes minutes.

À deux reprises, le président de la Chambre a manifesté son impatience, invitant le député à conclure. Ce dernier a quand même pris le temps de préciser certaines choses avant d’abandonner sa tribune.

«Je rappelle que je suis le premier député de l’histoire à être venu travailler en voiture tout électrique, sans réservoir de carburant fossile», a-t-il cru bon de préciser sans expliquer en quoi cela expliquait son comportement des derniers mois.

La semaine dernière, M. Di Iorio annonçait sur sa page Facebook qu’il faisait un don de 100 000 $ «dans le cadre de» la Semaine nationale de la prévention de la conduite avec facultés affaiblies. Il a été impossible de vérifier à quel organisme exactement l’argent a été versé. Le député n’a pas voulu se présenter dans le foyer de la Chambre après son discours, malgré la demande de La Presse canadienne.

À l’amorce de la période des questions de l’après-midi, le président de la Chambre a déclaré avoir reçu la démission officielle de M. Di Iorio, démission qui avait été annoncée la première fois au printemps 2018.

Invité à commenter ce départ qui s’est tant fait attendre, le premier ministre Justin Trudeau s’est contenté de dire qu’il s’assurerait de continuer à avoir «d’excellents députés qui représentent les communautés à travers le pays».

M. Di Iorio, depuis le printemps 2018, n’a été vu que trois fois sur la colline parlementaire. L’opposition est convaincue qu’il a depuis longtemps abandonné ses fonctions de député.

Au dernier jour avant le congé de fin d’année et la fermeture des lieux pour 10 ans de rénovation, M. Di Iorio s’était présenté aux Communes, le temps de poser pour la photo de groupe.

Son départ définitif le 29 janvier permet au premier ministre de laisser le siège de Saint-Léonard – Saint-Michel vacant jusqu’aux élections générales d’octobre prochain. La loi électorale modifiée en décembre dernier empêche le déclenchement d’une élection partielle «dans les neuf mois précédant (…) la tenue d’une élection générale».

«C’est cousu de fil blanc pour empêcher une élection partielle», a lancé le bloquiste Luc Thériault pour expliquer la saga de M. Di Iorio. Il croit que les dirigeants libéraux ne voulaient pas du candidat préféré de l’association de comté de Saint-Léonard – Saint-Michel, un siège qui est acquis au Parti libéral du Canada depuis toujours.

Pour sa part, le député Cullen réclame des changements aux règles. «Ça ne devrait pas être impossible (de renvoyer un député)», a-t-il plaidé à sa sortie des Communes.

«Le Parlement devrait avoir plus d’outils pour forcer le départ de quelqu’un», à son avis. «Quand quelqu’un ne se présente pas au travail, continue à être payé sans faire son travail, il devrait y avoir une conséquence», a-t-il réclamé.

M. Cullen prévoyait explorer les avenues possibles avec la ministre des Institutions démocratiques, Karina Gould, qu’il devait rencontrer mardi après-midi. Il en va de la «réputation» des élus, selon lui.