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13:46 10 février 2020 | mise à jour le: 10 février 2020 à 20:49 temps de lecture: 3 minutes

Deux ex-hassidiques veulent mettre un frein aux écoles religieuses illégales

Deux ex-hassidiques veulent mettre un frein aux écoles religieuses illégales
Photo: Josie Desmarais/MétroYochonon Lowen, Clara Wasserstein et l'une de leurs avocats

Dans un recours qui pourrait métamorphoser l’encadrement des écoles religieuses illégales, un couple d’ex-juifs ultraorthodoxes exige du gouvernement de «mieux appliquer ses lois». Les demandeurs amorçaient aujourd’hui un procès qui devrait durer une dizaine de jours en Cour supérieure.

Yochonon Lowen et Clara Wasserstein reprochent aux écoles hassidiques qu’ils ont fréquentées dans leur jeunesse d’avoir failli à leurs obligations d’éducation laïque. Ils craignent aujourd’hui que la situation se répète dans la communauté de Tash, à Boisbriand, qu’ils ont fréquenté dans leur jeunesse.

Selon leur avocat, Me Bruce Johnston, ces écoles «opèrent encore» dans l’illégalité, malgré d’importantes modifications apportées à la Loi sur l’instruction publique au cours des dernières années.

«En tolérant ces écoles, le gouvernement a-t-il violé ses propres lois?», a-t-il demandé lundi, au Palais de justice de Montréal.

David Banon, l’un des avocats des défendeurs, allègue que les faits relatés par les plaignants ne «reflètent plus la réalité d’aujourd’hui» dans cette communauté des Basses-Laurentides.

Élevés dans la communauté Tash «avec virtuellement aucune éducation», M. Lowen et Mme Wasserstein en sont sortis en 2010. Ils ne parlaient alors ni français, ni anglais, affirment-ils.

En 2014, ils ont décidé de poursuivre le gouvernement pour les avoir «abandonnés». Leurs avocats arguent aujourd’hui que l’éducation séculaire continue d’être déficiente au sein de cette collectivité juive hassidique.

Développement compromis chez la majorité des garçons

Deux représentants de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) ont témoigné devant le plus haut tribunal de la province, lundi. Selon eux, plusieurs jeunes garçons de la communauté de Tash ont vu leur développement scolaire compromis ces dernières années.

La protection de la jeunesse a mené en 2014 et en 2015 plusieurs exercices de recensement du niveau de scolarisation dans la communauté. Au total, 280 garçons de 6 à 16 ans sur les 320 interrogés à l’époque par la DPJ auraient eu de graves lacunes en anglais, en français et en mathématiques, selon Marie-Josée Bernier, ex-intervenante à la DPJ.

Les équipes de l’organisme ont procédé au cours des années suivantes à des examens de suivi dans la communauté. Au cours du contre-interrogatoire de la défense, Mme Bernier a avancé que «moins d’une centaine» de jeunes voyaient toujours leur avenir compromis. L’intervenante n’est pas retournée dans la communauté depuis 2017.

Selon le directeur de l’Association éducative juive pour l’enseignement à la maison, Abraham Ekstein, les «écoles illégales» ont disparu.

«La loi 144 a été sanctionnée. Tous les enfants hassidiques respectent la loi», a affirmé celui qui se présentera comme témoin lors du procès.

Modifications

Yohanon Lowen et Clara Wasserstein envisageaient depuis quelques années déjà de poursuivre le gouvernement. Après avoir exigé des compensations financières, M. Lowen s’est plutôt tourné vers les tribunaux pour demander du gouvernement une «meilleure application de ses lois».

Ces démarches juridiques surviennent près de trois ans après le dépôt du projet de loi 144 à Québec. Celui-ci devait garantir l’accès au contenu pédagogique pour tous les enfants résidant au Québec.

En juillet dernier, afin de limiter d’autant plus les «écoles illégales», le gouvernement de la Coalition avenir Québec mettait en place une modification à la loi sur l’instruction publique qui devait encadrer l’enseignement à la maison.

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