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Coronavirus: la frontière canado-américaine sera fermée

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La frontière entre le Canada et les États-Unis est particulièrement importante pour le système économique des deux pays. Photo: Archives Métro

Le Canada et les États-Unis procéderont «dans les plus brefs délais» à la fermeture de leurs frontières pour les voyageurs «non-essentiels», afin de limiter la propagation du coronavirus. L’entente entre les deux pays prévoit des «exemptions» pour certains services de base, avec pour objectif de protéger le commerce et l’économie en priorité.

«C’est important que la frontière reste ouverte pour le transport des biens. On parle de 2 G$ de marchandises par jour qui traversent cette frontière. C’est essentiel pour la santé de notre économie, et celle des Canadiens», a expliqué le premier ministre, Justin Trudeau, lors d’une mêlée de presse mercredi.

M. Trudeau soutient que les ressources de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) sont amplement adéquates «pour répondre à ce défi». «Beaucoup de personnes vont choisir par elles-mêmes de rester chez eux, et ne vont pas essayer de traverser la frontière», a-t-il illustré.

L’annonce survient après une intense ronde de négociations qui a eu lieu dans la nuit de mardi et mercredi entre les gouvernements de Trudeau et de Trump.

Surveillance quotidienne

Ottawa promet d’assurer un «monitoring constant» pour que l’acheminement des provisions et des aliments de base ne soit pas interrompu. Les «travailleurs essentiels», dont les camionneurs et les membres d’équipage de compagnies aérienne, pourront traverser la frontière sur présentation d’une autorisation.

D’ailleurs, les Canadiens qui sont actuellement en sol états-unien pourront revenir au pays sans problème. Ils jouiront d’un «droit constitutionnel» non-négligeable dans les circonstances. En moyenne, chaque année, près de deux millions de Canadiens se réfugient aux États-Unis pour fuir le froid et la saison hivernale.

Hier, Radio-Canada révélait que les migrants en situation irrégulière souhaitant obtenir l’asile pouvaient toujours traverser le chemin Roxham sans devoir se placer en isolement. Interpellé à ce sujet mercredi, le premier ministre s’est aussi fait catégorique.

«Toutes les mesures sont prises pour assurer que ce soit tout à fait contrôlé. Les gens qui traversent doivent être en quarantaine.» -Justin Trudeau, premier ministre du Canada, sur le chemin Roxham

Des décisions raisonnées

Plus tôt, le ministre des Affaires étrangères François-Philippe Champagne avait appelé à des mesures «raisonnées et proportionnées». Il dit vouloir assurer la sécurité alimentaire de tous les Canadiens, dans la foulée de l’intensification de la crise du coronavirus.

«La frontière canado-américaine est particulière. Il y a un enjeu stratégique. On sait que nos chaînes d’approvisionnement sont intégrées. La santé est notre priorité, mais pour assurer la santé, il y a aussi la sécurité alimentaire. Il faut s’assurer que toutes ces chaînes puissent fonctionner», a expliqué M. Champagne sur les ondes de Radio-Canada.

«C’était le moment venu de regarder ce qui se passe du côté de la frontière américaine.» -François-Philippe Champagne, ministre des Affaires étrangères, sur la fermeture des frontières

Lundi, Justin Trudeau avait annoncé la fermeture des frontières pour tous les voyageurs étrangers, à l’exception des Américains. C’est ce «signe d’amitié» qui aurait permis à Ottawa d’entamer des négociations subséquentes sur les enjeux entourant le coronavirus.

https://twitter.com/realDonaldTrump/status/1240271178692005889

Une «excellente nouvelle»

Pour la professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal (UdeM), Hélène Carabin, la fermeture des frontières est «une excellente nouvelle».

«Toute mesure qui permet de diminuer les risques d’échanges infectieux est une bonne chose. C’est une frontière où il y a beaucoup de mouvement normalement. Les États-Unis ont une population 10 fois plus grande que celle du Canada. Ils ont plus densité et plus de cas. Ça va nous aider à mieux contrôler la transmission chez nous», explique-t-elle à Métro.

L’experte ajoute que comme aucun vaccin ou traitement n’est pour l’instant disponible, «le mieux à faire est de limiter les contacts directs».

Nouvelles mesures financières

Le gouvernement Trudeau injectera 27 G$ pour offrir un «soutien direct» aux travailleurs et entreprises affectées par la crise du coronavirus. Une somme de 55 G$ sera aussi réservée pour les «besoins en liquidités» des foyers canadiens. Des reports fiscaux visant à «stabiliser l’économie» seront aussi envisagés. Au total, les 82 G$ investis représentent 3 % du PIB national.

«Vous devriez maintenant vous concentrer sur votre santé et celle de vos voisins. Au Canada, la santé publique ne devrait jamais dépendre de vos finances», a prévenu M. Trudeau.

Ottawa implantera également une allocation de soins d’urgence de 5 G$. Objectif: soutenir les salariés qui ne sont pas admissibles à l’assurance-emploi, dont les travailleurs autonomes. L’allocation canadienne pour enfants sera enfin bonifiée en avril «de façon temporaire» pour soutenir les familles.

«Le travail se fait dès maintenant pour acheminer cet argent le plus rapidement possible. Les gens en ont besoin», a fait valoir le chef libéral.

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