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Le milieu communautaire a souffert de la 1ère vague, révèle une étude de l’IRIS

Renforcir la santé mentale au travail
Près de la moitié des travailleurs souffrent de détresse psychologique. Photo: Aleksandr Davydov - 123rf

Isolement, anxiété, et besoin de soutien social, le milieu communautaire a grandement souffert de la première vague et du confinement lié au COVID-19, révèle une étude de l’Institut de recherche et d’information socio-économique (IRIS), publiée jeudi.

L’étude de l’IRIS s’est intéressée aux effets de la première vague sur le milieu communautaire et son activité.

La chercheuse, Eve-Lyne Couturier, a pu constater que les organismes communautaires ont grandement souffert: les travailleurs ont ressenti une «augmentation de l’isolement (96,3%), de l’anxiété (96,6%) et des besoins de soutien social (92,5%).»

Alors même qu’un «sous-financement chronique» existait déjà avant la pandémie, cette première vague est venue exacerber les problèmes existants dans les organismes. «Avant la pandémie, il y avait déjà des problèmes de rétention et d’attraction du personnel, de conditions précaires et de sous-financement, cela s’est alourdi avec la première vague. On a beaucoup de commentaires sur la difficulté de maintenir le personnel», explique la chercheuse.

En dispensant des services comme le travail d’accueil, de référence, de dépannage alimentaire et matériel, «les organismes se sont substitués à un État, absent sur le terrain, qui a profité de ce travail à moindre coût.»

«Il faudra s’assurer que le financement suive les besoins des groupes afin qu’ils puissent à la fois réaliser leurs activités, mais également offrir de meilleures conditions de travail pour attirer et retenir des travailleurs, mais surtout des travailleuses qui effectuent un travail essentiel.» – Étude de l’IRIS

En effet, le tissu communautaire est composé de bénévoles et travailleurs précaires dont 79% sont des femmes et des personnes non binaires.

La pandémie a apporté son lot de mauvaises surprises. La chercheuse a reçu des commentaires surprenants de la part de personnes travaillant dans des organismes de lutte contre les violences. Durant la première vague, ils ont «eu de la misère» à trouver des lieux de sécurité pour les personnes demandant de l’aide, mentionne Eve-Lyne Couturier. C’est notamment le cas pour les violences conjugales ou faites aux enfants.

La résilience québécoise a un coût, dit l’IRIS

Malgré les effets néfastes constatés dans l’étude, l’IRIS mentionne la résilience du modèle communautaire québécois. «La particularité du modèle communautaire au Québec, c’est d’avoir entrepris une entente avec le gouvernement. Depuis 2001, les organismes ont des financements généraux qu’ils n’ont pas à justifier, c’est le financement à la mission.» Cela leur permet de financer des frais comme leur activité sociale mais aussi les salaires ou les locaux.

Associé aux mesures d’aides d’urgence provenant du fédéral, du Québec et des municipalités, de nombreux organismes ont pu résister mais d’autres restent fragiles. «48,2% des groupes s’estiment en bonne posture financière, 16,8% d’entre eux se disent en situation précaire et 6,8% remettent même en question leurs activités», révèle l’étude.

«La mise en place des programmes temporaires pour soutenir les différents secteurs de la société et de l’économie qui ont été affectés […] a permis à un bon nombre de groupes de stabiliser leurs finances. Par contre, une minorité non négligeable n’a pas eu cette chance et se retrouve dans une situation encore plus précaire qu’avant la pandémie.» – Étude de l’IRIS

Justement, ces organismes ont dû s’adapter à l’urgence des besoins et ont mis de côté certaines missions essentielles. «96,7 % n’ont pu faire de levée de fonds. Sans aides, plusieurs organismes auraient dû fermer.»

Adaptation technologique difficile

Les restrictions sanitaires ont réduit les contacts et l’accueil dans les organismes, alors se transporter du réel vers le virtuel s’est avéré compliqué. Avec des moyens limités, tous les organismes n’étaient pas prêts à offrir des services à distance.

«Des organismes, dans des régions pas forcément touchées par la pandémie, ont eu un travail communautaire virtuel compliqué à cause de l’adaptation technologique. Travailler avec des personnes vulnérables implique aussi de travailler avec une population pas forcément équipée. De plus, de nombreuses zones ont des problèmes de connexions», explique Eve-Lyne Couturier.

La présente étude a sondé 740 personnes de 740 organismes communautaires entre octobre et décembre 2020.

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