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La complexité à Mtl a favorisé les stratagèmes

MONTRÉAL – La Ville de Montréal a une façon de fonctionner inutilement compliquée, qui peut être de nature à favoriser les stratagèmes, a laissé entendre mardi le président de la firme de génie BPR, Pierre Lavallée, devant la Commission Charbonneau.

«Des fois, ça a l’air simple et tu ne comprends pas comment ça se fait qu’ils ont rendu ça complexe. Il y en a qui aiment les systèmes complexes par incompétence. Et ça a sûrement favorisé tout le bordel de collusion et de corruption, parce que ça devient facile, dans un système qui a tellement l’air perdu», a résumé M. Lavallée.

Le président de BPR a longuement expliqué à la commission qu’à Montréal, tout est plus compliqué: il y a trop de réunions, trop de personnes qui peuvent ensuite changer une décision prise, trop de délais pour arrêter une décision. Montréal a même un modèle, une classe de tuyaux de fonte qui lui est propre, a-t-il rapporté.

«Moi je travaille à Paris, San Francisco, New York et (Montréal) c’est pas mal dans les plus complexes. C’est même complexe quand ils se parlent entre services. J’ai vu des gens du service de l’eau avoir de la misère à obtenir une information économique du service des finances», a relaté M. Lavallée.

Il a donné un exemple précis. «Comment ça se fait que ça prend 18 mois pour décider de la largeur des trottoirs sur la rue McGill?» s’est-il exclamé.

La juge France Charbonneau lui a demandé si la cause était de l’incompétence ou s’il s’agissait d’une façon de rendre sciemment les choses plus complexes qu’elles le sont en réalité, afin d’embourber le processus, d’allonger les délais et d’ainsi faire gonfler la facture.

M. Lavallée a acquiescé à la seconde affirmation de la juge, soit que les façons de faire plus compliquées à Montréal peuvent servir d’autres intérêts.

À la fin de son témoignage, il a livré un plaidoyer pour qu’on trouve un juste équilibre entre la qualité et la recherche à tout prix du plus bas coût. Accorder un contrat au plus bas soumissionnaire à tout prix, sans tenir compte de la qualité, n’est pas la voie à suivre, a-t-il lancé. Il existe d’autres régimes qui font qu’on soupèse le poids des deux critères, comme 90 pour cent pour la qualité, par exemple, et 10 pour cent pour le prix. Un projet d’infrastructure conçu plus soigneusement résulte en bout de ligne en une infrastructure qui durera plus longtemps, a-t-il plaidé.

Manque de garde-fous jadis

Plus tôt en matinée, M. Lavallée avait expliqué que c’est le manque de garde-fous et d’organismes auxquels se plaindre qui ont fait que son entreprise a continué de participer aux stratagèmes de collusion et de contributions politiques, malgré sa réticence à le faire.

M. Lavallée avait laissé entendre que la création de la commission a été une forme de soulagement pour lui. Aujourd’hui, s’il était confronté à semblable situation, il saurait où se plaindre et quoi faire.

Mais à l’époque où BPR a participé au stratagème de collusion entre les firmes de génie, durant les années 2000, elle l’a fait parce qu’elle craignait de ne pas avoir de contrats si elle refusait.

Il a admis que BPR n’a pas suffisamment réfléchi aux conséquences, a participé au système croyant ne pas pouvoir faire autrement.

Maintenant que le témoignage de M. Lavallée a pris fin, la commission entendra celui d’un enquêteur de la Sûreté du Québec, Jocelyn Nadeau.

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