Des bars montrés du doigt pour leur délinquance
Malgré les lois et le code d’éthique qui sont en place, certains bars ont de plus en plus recours à des pratiques promotionnelles et commerciales illégales, ou à tout le moins indécentes.
Le Conseil d’éthique de l’industrie québécoise des boissons alcooliques s’inquiète de l’intensification de ce phénomène dans son sixième rapport annuel sur les pratiques de l’industrie.
Selon le rapport, 23 plaintes visant directement des bars ont été reçues. Parmi les pratiques reprochées, on note des pratiques promotionnelles qui exploitent la sexualité et témoignent d’un sexisme «le plus primaire» ou qui sollicitent des mineurs dans des établissements d’enseignement. Le Conseil a également reçu des plaintes concernant des employés de bars qui continuent à servir de l’alcool à des personnes en état d’ébriété, ce qui est interdit par la loi.
«On constate qu’il y a une classe de propriétaires de bars qui veulent faire beaucoup de sous, et ils le font sans trop se préoccuper des lois, ni du dommage qu’ils peuvent causer, particulièrement aux jeunes», résume le président du Conseil d’éthique de l’industrie québécoise des boissons alcooliques, Me Claude Béland.
Pourtant, rappelle Me Béland, la Corporation des propriétaires de bars, brasseries et tavernes du Québec a adhéré au code d’éthique élaboré par le Conseil.
Ce code d’éthique interdit notamment de mousser la vente et d’encourager la consommation de boissons alcoolisées en ayant recours à des pratiques sexistes. Alors qu’auparavant, les plaintes concernaient surtout les producteurs d’alcool – et leurs étiquettes, par exemple –, Me Béland constate que ceux-ci observent maintenant des pratiques exemplaires, et que ce sont dorénavant les tenanciers de bars qui sont pointés du doigt.
Me Béland croit que les moyens utilisés et les sanctions imposées par la Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ) ne sont pas efficaces, et surtout pas assez sévères.
Mais la RACJ est avant tout un tribunal, rappelle sa porte-parole, Me Joyce Tremblay.
«Lorsqu’on reçoit une plainte, on la transmet au service de police concerné, qui doit faire enquête et ensuite nous fournir une preuve concrète pour qu’on puisse convoquer le titulaire, explique-t-elle. Il y a des règles de justice qui s’appliquent et nous devons suivre un processus. Mais je vous assure qu’on convoque des titulaires tous les jours.»
Le président de la Corporation des propriétaires de bars, brasseries et tavernes du Québec, Renaud Poulin, décrie les pratiques dénoncées dans le rapport du Conseil d’éthique, et affirme supporter totalement son code d’éthique.
Il considère que les employés de bars devraient obligatoirement suivre une formation quant à ce code d’éthique. Actuellement, l’organisme Éduc’alcool offre une telle formation, mais celle-ci est facultative.
«Le problème, c’est que les employés sont souvent des jeunes étudiants, qui ne font pas carrière dans le milieu, dit-il. Ils ne connaissent pas la réglementation, et personne ne les en informe réellement. Un minimum de formation les sensibiliserait, et ils seraient sûrement plus responsables vis à vis des gens qui ont surconsommé, par exemple.»
M. Poulin ajoute que la compétition est féroce dans le milieu, puisqu’il y a une quantité importante d’établissements.
«Les propriétaires poussent toujours un peu plus pour attirer de la clientèle, explique-t-il. Si c’était contingenté, si les permis étaient délivrés selon les besoins de la population, on ne verrait probablement pas autant de pratiques répréhensibles.»
Me Tremblay affirme que la RACJ travaille actuellement à l’élaboration d’un nouveau projet de loi «qui vise à moderniser la loi sur les permis d’alcool», mais n’a pas pu donner plus de détails à Métro.
Quelques exemples de plaintes
- La Commission des liqueurs de Sherbrooke a sollicité les jeunes – dont des mineurs – du Cégep de Sherbrooke en installant des affiches promotionnelles dans l’établissement d’enseignement, sans son autorisation. La plainte a été transmise à la RACJ, mais le service de police de Sherbrooke a statué que la preuve n’était pas suffisante pour établir qui a placé les publicités dans le cégep.
- Le Fuzzy de Laval a utilisé une tactique de promotion plutôt grossière en organisant un concours de simulation de fellations sur des godemichés. Devant le tollé provoqué par la promotion de l’événement sur Facebook, l’établissement a finalement annulé la tenue de l’événement. Le Fuzzy de Laval a par la suite fermé ses portes en décembre, en raison d’une baisse d’achalandage.