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La preuve que nous sommes des bobos

Il m’est déjà arrivé de juger très sévèrement un étalage de pommes biologiques qui avaient l’air un peu défraîchies. Ça faisait cher la pomme poquée. «T’as pas le droit de les juger!» m’a alors répondu ma blonde, me faisant remarquer que les engrais chimiques et autres insecticides étaient justement utilisés pour répondre aux exigences de prix et de perfection du consommateur. La preuve était faite que j’étais une vraie bobo : j’aurais voulu la pomme biologique respectueuse de l’environnement, sans le compromis esthétique.

Ceci correspond tout à fait à la définition du bourgeois bohème de Bobos in Paradise, ce livre qu’aiment tant citer les protagonistes de l’émission Les Bobos, Sandrine et Étienne Maxou. Selon son auteur, David Brooks, les bobos correspondent à la nouvelle élite économique. Ils s’identifient à de belles valeurs sociales et libérales, tout en priorisant leur confort individuel.

Ça ne sera peut-être pas la révélation du siècle, mais je crois que le Plateau compte un grand nombre de bobos. Et j’en prends pour preuve le maire de l’arrondissement, Luc Ferrandez. Je ne l’accuse pas d’être un bobo, je dis qu’il est la preuve même que ses concitoyens le sont. La relation amour-haine qu’entretiennent les plateaupithèques avec leur maire représente à elle seule toutes les contradictions contenues dans la définition du bobo.

Si vous leur demandez ce qu’ils veulent, les habitants du Plateau, ou du moins, les plus bobos d’entre eux, vous répondront certainement qu’ils veulent plus d’espaces verts, moins de déchets, plus de politiques environnementales, moins de douchebags sur l’avenue du Mont-Royal, des transports plus verts, des pistes cyclables sur toutes les rues, plus de place pour marcher, danser dans les fleurs et pianoter au coin des rues. Ce sont, à quelques nuances près, les raisons pour lesquelles ils ont voté pour le maire Ferrandez  aux élections de 2009. Et c’est ce qu’ils ont obtenu.

Mais remplacez des places de stationnement par une piste cyclable, limitez les chargements de neige, proposez une collecte de déchets de table, mettez un sens unique à gauche et à droite et vous verrez le vrai visage du bobo du Plateau. Luc Ferrandez révélait récemment que le projet-pilote de compostage était un échec relatif dans son arrondissement, puisqu’on rechignait à laver les bacs et qu’on craignait les petits vers blancs. Sur sa page Facebook, il indiquait qu’il minimiserait l’utilisation de camions polluants pour déneiger la dernière bordée, laissant à la nature le soin de s’en charger. Même avec humour, ça n’a pas fait l’unanimité.

Confort individuel? Valeurs sociales et environnementales? Pour les citoyens du Plateau, la question semble aussi grave que de se choisir une pomme chez Rachelle-Béry.

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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