Paul Desmarais: le «Québec inc.» réagit
MONTRÉAL – Mentor pour certains, visionnaire pour d’autres, le «Québec inc.» n’a pas manqué de souligner la façon dont Paul Desmarais a bâti son entreprise Power Corporation, mercredi, au lendemain du décès de l’homme d’affaires, à l’âge de 86 ans.
M. Desmarais a mis sur pied un véritable empire en achetant, pour la somme symbolique de 1 $, en 1951, la petite entreprise de transport en commun qu’exploitaient ses parents.
Sa fortune personnelle atteignait 4,28 milliards $ en 2011, selon Canadian Business, ce qui en faisait l’un des hommes les plus riches au pays.
L’ex-président et chef de la direction de Bombardier, Laurent Beaudoin, qui connaissait M. Desmarais, a expliqué en entrevue qu’il avait déjà bénéficié de ses conseils.
«C’est un peu un mentor, a fait valoir M. Beaudoin. Quand vous êtes dirigeant d’une entreprise, vous êtes souvent seul. C’est bon d’avoir l’opinion de quelqu’un des fois.»
Selon celui qui a été à la tête du fleuron québécois de l’aéronautique, Paul Desmarais avait une vision hors du commun lorsqu’il était temps de conclure des transactions.
«Il a pris avantage des occasions lorsqu’elles étaient là, a expliqué M. Beaudoin. Des gens comme ça, ça ne pousse pas à tous les coins de rue. Avec le départ qu’il a eu, ça prenait quelqu’un avec de la vision et un bon jugement.»
Déplorant la perte d’un ami, l’homme d’affaires Charles Bronfman, qui a connu M. Desmarais pendant plus de 30 ans, s’est souvenu de la vision de ce dernier.
«Il a pris une toute petite entreprise et en a fait un empire, a-t-il confié, lorsque joint par La Presse Canadienne. Avant plusieurs, Paul avait investi en Europe et en Chine, notamment.»
Malgré leur succès dans le monde des affaires, les deux hommes n’abordaient pas le sujet des transactions financières, selon M. Bronfman.
«Je ne voulais rien de lui et c’était réciproque, a-t-il confié. On discutait du Québec, du Canada et de géopolitique.»
M. Bronfman a également rappelé que l’intérêt que lui et M. Desmarais avaient pour la philanthropie occupait une grande place dans leurs discussions.
Jean Coutu, le fondateur du groupe qui porte le même nom, ainsi que le président et chef de la direction d’Alimentation Couche-Tard, Alain Bouchard, ont abondé dans le même sens que l’ex-pdg de Bombardier.
«Il a été un modèle à suivre, a dit M. Coutu dans un courriel. Je l’ai rencontré à quelques reprises, et à chaque fois, les entretiens que nous avions m’éclairaient sur des situations complexes.»
«Le Canada perd un grand entrepreneur qui a choisi de s’établir au Québec, et ce, malgré l’adversité parfois et la frilosité des Québécois devant la réussite et la richesse en général», a quant à lui affirmé M. Bouchard, également par courriel.
Quant à Isabelle Marcoux, la présidente du conseil de Transcontinental et qui siège également au conseil d’administration de Power Corporation, elle a vanté la vision de M. Desmarais.
«C’est un homme qui a laissé l’entreprise entre les mains de ses fils en préparant sa succession, a-t-elle raconté. Ça été une inspiration pour mon père (Rémi Marcoux) pour sa transition (chez Transcontinental).»
Le président de Québecor Média, Pierre-Karl Péladeau, a également, par voie de communiqué, souligné l’apport de M. Desmarais au monde québécois des affaires.
«Je tiens à saluer la mémoire de cet homme, qui, grâce à sa détermination, a créé l’une des peu nombreuses multinationales canadiennes, affirme-t-il. M. Desmarais a par ailleurs été un grand philanthrope qui a contribué généreusement à d’importantes institutions québécoises.»
De son côté, Guy Crevier, président et éditeur du quotidien La Presse, qui appartient à Gesca, filiale de Power Corporation, a souligné que l’héritage laissé par M. Desmarais ne se mesurait pas seulement dans le monde des affaires.
«Bâtisseur, humaniste et philanthrope, sa contribution (…) a été considérable, a-t-il dit par voie de communiqué. Propriétaire de La Presse depuis près de 50 ans, M. Desmarais était convaincu du rôle essentiel des médias dans la vie démocratique.»
Le décès de Paul Desmarais représente la disparition du plus grand financier canadien, selon le journaliste financier Jean-Paul Gagné.
«M. Desmarais a acheté de nombreuses entreprises en plus d’en vendre, a-t-il souligné. Il a réalisé de nombreuses transactions. Ça été un architecte financier.
«Les autres riches familles canadiennes, ce sont davantage des entrepreneurs, contrairement aux Desmarais», a ajouté M. Gagné.
À l’instar de plusieurs, M. Gagné a souligné la vision de Paul Desmarais.
«Il était en Chine depuis longtemps, a dit l’ancien éditeur du journal Les Affaires. M. Desmarais a établi des liens avec des dirigeants chinois en plus d’investir là-bas avant bien des gens. Ça aussi, c’est assez remarquable.»
De son côté, le Conseil du patronat du Québec (CPQ) a souligné les qualités de chef d’entreprise et d’administrateur de M. Desmarais, ajoutant qu’il était également un philanthrope généreux.
«Sa contribution et son exemple resteront des modèles pour les futures générations d’entrepreneurs qui lui succéderont», a souligné le président du CPQ, Yves-Thomas Dorval.
La Chambre de commerce du Montréal métropolitain a quant à elle rappelé qu’à partir de débuts «très modestes», M. Desmarais était parvenu à construire l’un des plus grands succès d’affaires que le Québec ait connu.
Le Conseil canadien des chefs d’entreprise a lui aussi souligné la mémoire ainsi que les accomplissements de M. Desmarais.