Un répit de courte durée
Devenue un incontournable des revues de fin d’année, la commission Bastarache a été suivie par bon nombre de Québécois. Contrairement aux témoignages colorés des Fava, Rondeau et autres acteurs qu’on a pu entendre, le rapport qui en découle est terne et sans contrainte.
Comme on dit, on parvient ici à noyer le poisson. On rejette les preuves mises de l’avant par Marc Bellemare et Georges Lalande. Faut-il se surprendre des conclusions de la commission, alors que c’est Jean Charest lui-même qui a choisi le commissaire et défini son mandat?
Clairement, le juge Bastarache n’a pas entendu les mêmes témoignages que la population. Rien sur les affirmations des financiers, ni sur le témoignage de l’adjointe de cabinet aux «post-it» ne semble l’avoir convaincu qu’un changement de pratique s’est opéré avec l’arrivée au pouvoir du gouvernement Charest. Dans l’aquarium de la commission, on parvient à se convaincre que ce sont «les principes et les valeurs liés à l’éthique qui ont évolué dans le temps» qui rendent impérative la modification du processus de nomination.
La question n’était pourtant pas de savoir si la magistrature était intègre et compétente. Même Marc Bellemare lui a accolé ces qualificatifs. Il fallait savoir si le processus s’était politisé. Le but était de comprendre si, à compétence égale, l’allégeance politique permettait de désigner un candidat plutôt qu’un autre.
Quarante-six recommandations plus tard, on peut croire qu’il y avait place à l’amélioration. La pression ayant été «colossale» ou non, on sait qu’il y a eu des interventions et que le processus était perfectible. La Grande-Bretagne et, plus près de nous, l’Ontario sont inspirants à cet égard.
Est-ce une bonne nouvelle pour le gouvernement libéral? Le répit de Jean Charest – si ce dernier voit le rapport ainsi – sera de courte durée. Triste coïncidence, le rapport de la commission sur la nomination des juges arrive le lendemain des confidences du président de la FTQ-Construction, qui affirme que le crime organisé est omniprésent dans l’industrie.
Cette nouvelle histoire nous rappelle que la population ne voulait pas la commission Bastarache, mais une véritable commission d’enquête sur la construction. L’écran de fumée produit par Jean Charest n’aura servi qu’à repousser l’échéance. À entendre les réactions de la population depuis quelques jours, l’effet le plus concret du rapport Bastarache aura sans doute été de renforcer cette perception.
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.