Les 10 ans du millénaire vus par Jean-François Lisée
Dès l’introduction de son livre, Troisième millénaire – Bilan final, Jean-François Lisée explique à ses lecteurs pourquoi, en 2011, il leur propose le «bilan final» d’un troisième millénaire qui n’en est qu’à ses balbutiements. En fait, et ceux qui ont vu le film-catastrophe 2012 le savent, d’aucuns prédisent la fin du monde pour le 21 décembre 2012. S’ils ont tort, ce bilan n’aura rien de final, «mais si tout fout en effet le camp, il sera trop tard, à l’approche de cette date, pour se mettre à publier des rétrospectives critiques».
Le ton est donné. Car l’objectif du journaliste-chroniqueur-conseiller n’est pas de proposer un essai sur les 10 années écoulées, mais d’offrir un regard amusé sur les changements qui les ont traversées. Il a donc fait le tri dans ses chroniques écrites pour L’Actualité ou pour le site français d’information Rue89, pour ne sélectionner «que les sujets les plus légers, ou les plus amusants à lire, raconte-t-il en entrevue. Parce qu’il ne faut pas tout prendre au drame : si on n’a pas un regard amusé sur le monde, on rate beaucoup de choses».
Contrairement à ses précédents ouvrages, comme Nous et Pour une gauche efficace, publiés respectivement en 2007 et 2008, l’auteur a (en partie) mis de côté la politique québécoise pour se concentrer sur «la saveur de ce début de troisième millénaire». Un millénaire qui démarre sur les chapeaux de roues : «Une de ses marques principales est une compression du temps. D’habitude, l’histoire avance par tranche de 50 ans, mais les cycles qu’on observe sont de plus en plus courts.»
Parmi les changements les plus importants, Jean-François Lisée cite la montée des femmes et de leur pouvoir décisionnel. 2011, écrit-il, est «le moment où la somme des petits changements précédents modifie suffisamment l’ensemble pour que le réel soit transformé de façon qualitative». Et puis, en vrac, il y a la montée dans les cercles du pouvoir des «théoconservateurs», la technophilie victorieuse (songez que le monde était encore privé de Facebook lors de l’élection de Jean Charest en 2003), le printemps arabe, le déclin de la puissance américaine…
Ces mutations sont vues à travers le prisme d’informations de seconde zone, qui ne font et ne feront jamais la une des journaux. Mais qui, compilées et mises en relief, nous donnent à voir le profil (pas toujours avantageux) d’une société aux prises avec l’histoire.