Grèce : voir loin pour rester libre
En temps de crise, les peuples ont tendance à se serrer les coudes. On se souvient des États-Unis après les attaques de septembre 2001. Tous les Américains, peu importe leur allégeance politique, avaient serré les rangs derrière George W. Bush. En Grèce, il en va tout autrement. Le plan d’austérité suscite la colère. Il n’est pas question de se serrer la ceinture.
Les citoyens blâment durement le gouvernement pour la situation qui prévaut actuellement en Grèce. Avec raison? Oui et non. Ce n’est pas tant les élus qui ont voté le plan d’austérité, mais ils doivent en porter l’odieux.
Si gouverner veut dire choisir, les choix difficiles ne s’imposent pas toujours d’eux-mêmes. Bien au contraire. Le ministre des Transports de la Grèce a bien traduit sa frustration en disant que l’on devrait taxer tous les élus qui sont passés avant pour avoir laissé les finances publiques dans un si piteux état. Si seulement il était possible de rendre responsables tous les gouvernements qui ont pelleté par en avant… Ce n’est toutefois pas si simple.
Dans ce cas précis, le gouvernement n’est pas le seul responsable. Pour des raisons historiques, qui s’expliquent sans doute, le peuple a illustré son manque de confiance en l’État par l’évasion fiscale. Au contraire du Québec, où l’on s’attend à ce que le gouvernement prenne la relève, en Grèce, on se dit que l’on doit s’occuper seul de ses affaires. Ainsi, pourquoi faudrait-il contribuer aux coffres de l’État? Cela se traduit en ce temps de crise par une attitude du «pas dans ma cour». Chacun tente de tirer la couverture de son côté pour ne pas avoir à subir les conséquences de la situation.
L’équilibre est précaire. Il faut souhaiter que la Grèce réussisse sa relance. Si elle échoue, l’effet domino pourrait avoir des répercussions partout. On doit aussi souhaiter que l’on puisse apprendre de ces événements. L’OCDE parle avec justesse de prévoyance et de rigueur. L’endettement n’est pas la solution pour aucun État. Les réformes de la gestion des finances publiques doivent être structurantes plutôt que cosmétiques et ponctuelles. Trop s’endetter, c’est abandonner un peu de son autonomie, de sa capacité de choisir. L’Union européenne a mis en place un plan de sauvetage pour l’économie grecque. En contrepartie, elle dicte maintenant les choix que doit faire la Grèce.
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.