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Les bélugas du Saint-Laurent pourraient disparaître

Photo: Collaboration spéciale -GEMM

La population des bélugas du Saint-Laurent a chuté de 20% en dix ans, passant de 1100 spécimens à moins de 900. Si les polluants déversés dans les eaux du fleuve ont longtemps été pointés du doigt, ce sont maintenant les changements climatiques qui risquent de conduire ces mammifères à l’extinction, selon une récente enquête menée par de nombreux scientifiques. Métro s’est entretenu avec le biologiste Robert Michaud, aussi président du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins, de passage à Montréal pour présenter au public les conclusions de cet avis scientifique, jeudi soir, à l’UQAM.

Qu’est-ce qui a motivé plusieurs équipes scientifiques à mener une étude commune pour mettre à jour les données sur les bélugas?
Il y a un an, nous avons constaté une vague de mortalité anormale chez les nouveaux-nés. C’était très troublant et nous voulions comprendre les causes de ces multiples décès. Tous les chercheurs, qui étudient l’espèce et son milieu, ont donc décidé de mettre en commun une longue série de données. Certaines données, comme celles de mon groupe, couvraient plus de 30 ans d’observation.

Avez-vous trouvé la cause de ces mortalités?
C’est un peu ironique, mais non! Si nous n’avons pas pu mettre le doigt sur la raison de ces morts subites, l’exercice a toutefois permis de révéler un problème plus profond. La population, qu’on considérait stable depuis 1980, connaît une période d’instabilité depuis les années 2000.

Cette instabilité serait donc liée aux changements climatiques?
C’est ce que nos hypothèses avancent. Le déclin de la population coïncide avec un ensemble de changements importants dans l’écosystème : hausse de la température de l’eau, diminution du couvert de glace, changements dans l’abondance des proies… Ces conditions accentuent la vulnérabilité de cette espèce déjà très fragile.

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Est-ce que les changements climatiques sont les seuls responsables de la fragilit�� des bélugas, ou les contaminants dans les eaux du fleuve continuent aussi de leur nuire?
Le réchauffement climatique ne fait que s’ajouter aux problèmes qui frappent déjà cette population de baleine. Toutefois, on observe que les contaminants chimiques comme les BPC sont de moins en moins nombreux dans l’eau, grâce aux changements règlementaires dans les lois. Par exemple, on constate que les cancers, qui étaient la principale cause de mortalité depuis 1980, sont à la baisse.

Au moins, il y a une bonne nouvelle!
Oui, mais il ne faut pas s’enthousiasmer trop vite. Depuis 10 ans, plusieurs nouveaux contaminants ont fait leur apparition dans l’estuaire, souvent liés aux activités agricoles et aux déversements des eaux usées de municipalités. La hausse du trafic maritime contribue aussi à la dégradation de l’écosystème des bélugas.

Le tableau que vous dressez est donc très sombre. Les bélugas sont-ils en voie de disparition?

Étant donné que les dernières années ont été marquées par une baisse dramatique des naissances, l’espèce est désignée comme «menacée» depuis 2004. Le comité sur la situation des espèces en péril au Canada est censé réévaluer la situation au courant de la prochaine année. Il est probable que le statut passe d’espèce «menacée» à «en voie de disparition», la dernière étape avant la vraie disparition…

Que se passera-t-il si les bélugas disparaissent?
Ce serait un constat d’échec. Au moins, l’espèce ne s’éteindra pas, puisque plus de 100 000 spécimens se trouvent à d’autres endroits dans le monde. Au Québec, nous allons perdre une richesse de notre patrimoine. Cet animal emblématique a été le moteur d’une grande mobilisation pour protéger le fleuve, réglementer les rejets industriels et même créer un parc marin au Saguenay. Il y a encore beaucoup d’efforts qui peuvent être faits, tant de la part des politiciens que des citoyens, pour assurer leur survie.

Une page d’histoire: l’époque de la chasse intensive
Les bélugas ont été chassés durant des centaines d’années par les autochtones, mais le déclin de la population du Saint-Laurent a réellement commencé au XXe siècle, explique le biologiste Robert Michaud. «Dans les années 1920, les bélugas ont été accusés par les pêcheurs de nuire à la pêche commerciale de morue et de saumon», dit-il. Ils ont fait pression auprès du gouvernement, qui a cédé en offrant même des carabines et des primes de 15$ par queue pour se débarrasser de «l’ennemi public numéro un». «Après huit ans de chasse intensive, les autorités ont procédé à la toute première étude biologique sur les bélugas, ajoute M. Michaud, pour se rendre compte que ces baleines se nourrissent surtout de poissons sans valeur commerciale, et non de la morue ou du saumon.» On supprima le système de primes en 1939.

Conférence publique intitulée «Et si les bélugas disparaissaient!»
Jeudi 12 décembre à 19h au Cœur des sciences de l’UQAM

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