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Le gouvernement haïtien tarde à reprendre sa place

Alors qu’on soulignera dimanche les quatre ans du séisme qui a ravagé Haïti, les avancées sont bien présentes au pays, mais plus de 171 000 personnes vivent encore dans des camps d’abris temporaires. Il reste bien du travail à faire, et le gouvernement haïtien peine à prendre les rênes des travaux de reconstruction, actuellement menés majoritairement par les agences internationales.

«Ça ne m’étonne pas qu’on en soit encore là, même après quatre ans», s’exclame Katie Chermeil, stagiaire à la Maison d’Haïti à Montréal. Haïtienne d’origine, elle est arrivée au Québec en 2011, un peu plus d’un an après le tremblement de terre qui a dévasté son pays. Sa maison a été partiellement détruite, mais surtout, plusieurs de ses amis qui travaillaient comme elle au Palais national ont perdu la vie dans cette catastrophe.

«Tout va lentement dans le pays, il n’y a rien qui va rapidement. Alors, je m’y attendais. Je pense que ça va prendre encore beaucoup de temps avant que tout soit reconstruit», poursuit celle qui a immigré au Canada avec le statut de réfugiée.

Pour Gérard Côté, chargé de projet et coordonnateur de l’équipe sur Haïti pour le Centre d’étude et de coopération internationale (CECI), c’est d’abord la déresponsabilisation des Haïtiens et de leur gouvernement à l’égard de la reconstruction et de leur avenir qui crée cette lenteur des travaux.

Au lendemain du tremblement de terre, la mise sur pied par le gouvernement haïtien de la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti (CIRH) afin de gérer les efforts de reconstruction était déjà une «erreur», selon M. Côté.
«Enlever toute responsabilité aux Haïtiens par rapport à la reconstruction de leur pays, c’est un non-sens. Est-ce que les Canadiens ou les Américains accepteraient ça?» s’exclame le chercheur, qui est engagé en Haïti depuis 1985.

Bien que le CIRH n’existe plus, le contrôle du processus d’aide reste toujours problématique, selon la Concertation pour Haïti (CPH), qui dévoilait hier les chiffres d’une étude sur l’aide canadienne en Haïti réalisée par le chercheur Paul Cliche, de l’Université de Montréal.

Les nombreuses agences de l’ONU et les ONG à la tête des différents secteurs d’activité pour l’aide internationale en Haïti reçoivent la majorité du financement international et, par conséquent, prennent la presque-totalité des décisions pour la remise sur pied du pays. «De telle sorte que les organisations haïtiennes n’ont pas à participer. Les décisions sont prises par des acteurs étrangers, et très peu de fonds son gérés par les Haïtiens», précise le chercheur Paul Cliche.

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Sur les 6,4 G$ fournis par l’ONU jusqu’à maintenant à la suite du tremblement de terre, seulement 9,1 % ont été remis au gouvernement haïtien et 0,6 % aux organisations haïtiennes, dévoile l’étude de M. Cliche.

Michaëlle Jean, ancienne gouverneure générale du Canada et maintenant envoyée spéciale de l’UNESCO pour Haïti, reconnaît que cette distribution inégale des tâches cause un ralentissement des travaux de reconstruction. «Quand je voyage en Haïti, je vois quantité d’ONG qui ouvrent des écoles un peu partout. Quand je leur demande si elles ont pris le temps de s’asseoir avec le ministère haïtien pour savoir où sont les besoins, la réponse est toujours non. Ça contribue plus aux problèmes qu’aux solutions», affirme Mme Jean.

La CPH espère que la communauté internationale, à commencer par le Canada, s’engagera davantage dans le renforcement politique et financier de l’État haïtien afin de lui donner tous les moyens d’être à la tête de la reconstruction de son pays. «Quand l’aide canadienne ne vise pas la population et le gouvernement pour l’aider à se structurer, c’est une faillite. Si on apporte de l’aide, il faut qu’elle soit en mesure de renforcer le pays», soutient Marlène Rateau, membre de la CPH.

Déjà, le sentiment de confiance commence tranquillement à percer dans la population haïtienne. «Certaines personnes me disent qu’un sentiment de responsabilité commence à germer chez les individus de la classe politique actuelle. Ils commencent à se dire qu’ils peuvent essayer de faire quelque chose avec leur pays», se réjouit M. Côté, du CECI. Mme Jean assure que cette perte de contrôle du gouvernement haïtien est sur le point de disparaître grâce au plan national de reconstruction. Haïti en assure la gestion depuis la fin du mandat de la CIRH.

Le gouvernement s’est d’abord assuré que les ONG sur le terrain étaient imputables, dit Mme Jean. Son travail tend également à mettre fin aux pratiques traditionnelles «afin que plus de bénéfices directs aillent vers les Haïtiens que vers les ONG», ajoute l’envoyée spéciale. «Il faut sortir Haïti du trou noir dans lequel il est, soit une charité mal ordonnée et un horizon bouché. Haïti est aussi un pays de possibilités. Et c’est ça qu’il faut comprendre», clame Mme Jean.

Manque de transparence

La Concertation pour Haïti (CPH) fustige le gouvernement canadien pour le manque de transparence dont il fait preuve dans son financement de la reconstruction d’Haïti.

Plus des deux tiers de son financement, soit 554,8 M$, sont attribués à une catégorie «non-spécifiée», affirme Paul Cliche, chercheur associé à l’Université de Montréal qui a réalisé une étude sur l’aide canadienne en Haïti.

«On a la liste des projets que le gouvernement canadien désire réaliser, mais on mentionne sur le site web qu’elle n’est pas complète. Donc, on ne peut pas se fier à cette liste. Il n’y a pas non plus de vue d’ensemble ou de rapport d’avancement global», regrette M. Cliche, ajoutant qu’une évaluation pourrait être disponible à l’automne prochain selon les renseignements que l’organisme a reçus.

Le CPH a tenté à maintes reprises d’obtenir de l’information supplémentaire sur l’aide canadienne, mais sans succès.

Lire aussi: Les volontaires sont encore à pied d’œuvre

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