XP Antarctik: retour en pays conquis
Trente jours en autonomie complète dans une région jamais explorée du globe: Métro suit les aventuriers montréalais d’XP Antarctik tout au long de leur épopée.
Les membres de l’équipe pensaient que le continent blanc avait été rude avec eux. Les derniers jours d’exploration leur ont prouvé qu’ils n’avaient encore rien vu.
Un matin, la tente de trois des membres de l’expédition est complètement ensevelie. «Il a fallu cinq heures pour la déneiger, raconte Alexandre Byette. Pour en sortir, j’ai dû creuser un passage vers le haut.» Au sommet d’un mont encore jamais atteint par l’humain avant eux, le réveil est rude. Il faudra ensuite deux jours pour rejoindre le camp de base, 13 kilomètres plus loin.
Des tempêtes, le chef d’expédition en a essuyé bien d’autres à travers les nombreuses aventures auxquelles il s’est adonné ces dernières années. Des comme celle-là, jamais. Pas de visibilité, un blizzard rendant quasi impossible les communications entre eux, le tout à travers des champs de crevasses: «l’Antarctique ne nous a laissé aucun répit», conclut Alexandre.
De son récit, partagé par téléphone depuis Ushuaïa, où l’équipe a mis pied il y a cinq jours, c’est le sentiment d’accomplissement qui ressort. «On se sent fiers, mais privilégiés aussi.» Préparés au pire, les six membres d’XP Antarctik se sont fait un devoir d’en profiter malgré tout. «Dans les moments magiques, face à des paysages improbables, tout comme dans ceux où l’on se demande ce qu’on fait là, il faut se rappeler qu’on l’a choisi, et que la douleur finit par passer.» Chanter, danser, se raconter des blagues: autant de façons de passer outre les épreuves. «Quand le moral est là, on sait qu’on va se rendre jusqu’au bout, un pas à la fois.»
Après avoir conquis deux sommets vierges, l’équipe prend le chemin du retour vers le voilier qui les reconduit en Terre de Feu. Une dizaine de jours où il faut avancer presque à l’aveugle. Parfois sans savoir «si le prochain pas qu’on fait va en montant, en descendant, ou nous précipite dans une falaise». Avec la sensation de constamment marcher sur des oeufs, revenir au bateau s’avère être tout un défi.
Une fois à bord, Alexandre Byette remet entre les mains du capitaine la responsabilité de ramener tout le monde sain et sauf à terre. «À ton tour!», lui dit-il. Ensuite, «ça a été la décompensation totale, j’ai été non fonctionnel pendant les cinq jours de traversée!» Les aventuriers pensaient avoir goûté aux caprices du redouté passage Drake à l’aller. Rien à voir pourtant avec les vagues et les vents qui font tamguer le bateau au retour.
Premier bilan à chaud ? L’objectif de «revenir tous ensemble en un seul morceau», comme le confiait Alexandre Byette à Métro avant le départ, est largement dépassé. Surmonter les mises à l’épreuve, atteindre des territoires inexplorés, et documenter le tout. L’épopée est un succès.
Comment s’acclimate-t-on de nouveau au quotidien après une expérience de cette intensité ? En concoctant d’autres projets. «On va commencer par rentrer à Montréal (le 21 mars), et par terminer cette aventure-là, avance l’aventurier. Documentaire, livre et conférences tiendront les explorateurs occupés quelques temps. Pour la suite, «l’équipe est rodée et a des idées plein la tête.»
XP Antarctik en chiffres:
- 3 ans de préparation
- 600 kg de matériel (dont 250 kg de nourriture) tirés par traineaux et portés sur le dos
- 2 sommets jamais explorés
- 27 jours sur la banquise
- 150 km parcourus
- 2 chutes dans des crevasses
Lire aussi:





