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L’inaccessibilité illustrée

Photo: Yves Provencher/Métro

Pour me sensibiliser à la réalité transitaire des personnes handicapées, Kéven Breton, militant pour une meilleure accessibilité, n’a eu qu’à me montrer une image : le plan du métro de Montréal. Pas le plan que vous avez devant les yeux, si vous me lisez présentement dans le métro, et qui compte 68 stations. Non, son plan à lui. Celui qui compte huit stations accessibles aux personnes en fauteuil roulant.

Que des personnes n’aient pas accès au métro, on le sait. Mais il faut parfois des images pour comprendre. Comme cette image, que Kéven évoquait dans un texte paru l’an passé sur le blogue de la revue Urbania : «[Quand tu chiales que c’est long attendre 30 minutes à cause d’une panne en direction Côte-Vertu], pense à moi, qui prends Berri-UQAM direction Laval, pis qui passe juste en dessous de ma maison sur Jarry, mais qui dois descendre à Henri-Bourassa, trois stations plus loin.»

Les personnes à mobilité réduite peuvent, en passant par une des huit stations accessibles du métro, se rendre à toutes les autres stations. Mais elles ne peuvent pas nécessairement en ressortir! Pendant le festival Juste pour rire, des membres d’Accessibilisons Montréal ont fait preuve de beaucoup d’humour en se rendant à la station Place-des-Arts, où ils étaient évidemment coincés en bas de l’escalier, faute d’ascenseur. Une autre image forte.

Bon, ici, je vais prendre une pause pour vulgariser grossièrement le financement de l’accessibilité dans le métro, qui semble être une drôle de patate chaude, que se renvoient les différents paliers administratifs et gouvernementaux. Présentement, à défaut de bénéficier d’une enveloppe gouvernementale à cet effet, la STM pige dans son budget d’entretien pour ajouter des ascenseurs, à 15 M$ la shot, à un rythme où on peut espérer que le métro – mal entretenu – soit accessible en… 2080. Ça peut paraître cher, 15 M$ par station, mais selon une étude de l’Association canadienne du transport urbain, chaque fois que 1 % des personnes à mobilité réduite peuvent intégrer le marché du travail grâce à un meilleur accès aux transports en commun, ce sont 36,42 M$ supplémentaires qui sont injectés dans l’économie. Ça, c’est l’argument de la rentabilité, mais pour nous rappeler l’argument humain, retournons à nos images.

Ces jours-ci, Kéven Breton et les gars de Portrait de Montréal, qui récoltent des portraits et des anecdotes de Montréalais, s’emploient à créer d’autres images. Celles de 68 personnes quotidiennement affectées par le manque d’accessibilité des stations de métro. Ils comptent les croquer devant leur station, celle qu’elles ne peuvent pas emprunter tous les jours pour se rendre au boulot. «On aimerait imprimer des cartes postales des participants et demander aux gens de les envoyer au ministère des Transports, à leurs élus et à la STM pour faire pression», explique Kéven Breton.

Fou que ça prenne autant d’images pour illustrer le calvaire que vivent des centaines de milliers de Montréalais.

Pour participer au projet de Portrait de Montréal: bit.ly/accesmetro

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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