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12:28 4 juin 2015 | mise à jour le: 4 juin 2015 à 13:35 temps de lecture: 3 minutes

Le Grand Prix y serait-il pour rien dans l’exploitation des femmes?

Le Grand Prix y serait-il pour rien dans l’exploitation des femmes?
Photo: Archives Métro

Les dirigeants du Grand Prix semblent s’être entendus sur la ligne à répéter lorsque les journalistes (et autres rabat-joie) leur reprocheraient d’être un événement qui attire la prostitution à Montréal: le Grand Prix est un événement «familial» et ce n’est pas de notre faute si certains en profitent pour contracter des services sexuels.

Vraiment? La prostitution augmente dans des proportions exponentielles durant cet événement, mais l’événement, lui, n’y serait pour rien? Pourtant, d’autres événements qui font rouler l’économie – qui remplissent les chambres d’hôtel sans favoriser celles que l’on loue à l’heure – comme le Festival de Jazz de Montréal, Osheaga ou le Grand Rire de Québec n’ont pas le même effet. On dit que c’est parce que le Grand Prix, au contraire des autres événements, attire des hommes riches. Or, je refuse de croire qu’être un homme riche vous conduit automatiquement à vouloir exploiter sexuellement des jeunes filles ou que nous devrions penser que c’est normal qu’il en soit ainsi.

Ces idées-là se cultivent et il y a certainement quelque chose, dans le Grand Prix, qui en fait un événement plus propice que d’autres à l’exploitation sexuelle. Quelque chose comme une culture d’exploitation de la femme. Chacun des événements associés aux Grands Prix de Montréal, des partys «Models and Grey Goose» aux déploiements de Ferrari sur Crescent, en passant par les Grid Girls, qui accueillent les héros du spectacle sur la piste, ne semble pouvoir se passer de ses pitounes de service, présentées comme des biens de consommation, au même titre qu’un char.

Si le Grand Prix ne peut pas être jugé responsable de toute la prostitution qui a lieu durant la fin de semaine qui lui est réservée, il ne peut non plus se laver les mains devant l’accablante corrélation qui existe entre l’exploitation sexuelle et la promotion de la femme comme marchandise qui est faite avec son aval.

Ça ne veut pas dire que le Grand Prix devrait être aboli (autrement qu’en raison du fait qu’on finance avec nos taxes un escroc). Ça veut simplement dire que si le Grand Prix veut véritablement se présenter comme un événement familial, il ne peut pas se contenter de dire «ceci est un événement familial». Il doit changer sa culture.

À Monaco, le dernier Grand Prix a troqué ses grid girls pour des grid boys. Surprise surprise, les modèles masculins, en pantalons et en polos, n’ont pas autant attiré les kodaks que les habituelles mannequins en tenues sexy. Ils ont même attristé Sebastian Vettel, parce que… «c’est quoi le but d’être accueilli par George et Dave?»

Les cultures changent, lentement, mais elles changent. Personne ne devrait avoir besoin de sentir que ses moyens financiers lui permettent d’avoir des relations sexuelles avec des mineures pour apprécier une course automobile.